Nicolas Ferrand : « Demain, penser tous les usages du cycle de vie d’un immeuble sera la norme »

14/05/2020

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Directeur général exécutif de la société de livraison des ouvrages olympiques, Nicolas Ferrand a accepté de répondre à nos questions : le village des athlètes, la ville de demain, la réversibilité des ouvrages, le savoir-faire français…

Créer un Village des athlètes capable de se transformer en quartier durable de 6.000 habitants: voilà le défi que s’est donné la Solidéo, l’établissement public chargé de livrer les ouvrages des Jeux d’ici 2024. Voué à accueillir 15.600 athlètes pendant un peu plus de deux semaines, le village des athlètes s’étend en bord de Seine en sur les communes de Saint-Ouen, L’Ile-Saint-Denis et Saint-Denis, au Nord de Paris. À quelques encablures de l’A86, cette actuelle friche va connaître une évolution spectaculaire. Mais le comité voit plus loin et souhaite laisser un « héritage » aux habitants : le village des athlètes se transformera une fois la compétition achevée en un quartier de plus de cinquante hectares. Coût total : 1,2 milliards d’euros. Les premiers vrombissement de pelleteuse vont pouvoir se faire entendre : le chantier a été attribué après concours à Icade (Caisse des dépôts), Nexity et Eiffage.

Le village des athlètes comme démonstrateur de la ville de demain, c’est l’occasion pour les entreprises françaises de prendre un avantage compétitif décisif ?

Nicolas Ferrand : Bien sûr ! Le gouvernement nous a demandé de faire des ouvrages olympiques une vitrine des savoir-faire français, de manière à ce que pendant la phase de construction, nos entreprises leaders puissent y emmener des clients potentiels et conquérir de nouveaux marchés. On considère qu’entre 2021 et 2023, entre deux et trois délégations par semaine se rendront sur les chantiers. On devrait ensuite passer à une délégation par jour dans l’année précédant les Jeux ! L’effet vitrine est très important, et l’on s’y prépare. Cette vitrine sur le monde, c’est l’un des héritages des jeux !

4 ans avant le début des Jeux, où en sont les ouvrages olympiques ? 

Nicolas Ferrand : L’année 2020, c’est pour nous l’année de la fin du design, au sens anglo-saxon du terme., l’année de la conception . D’ici à fin décembre, nous aurons pour l’essentiel des ouvrages une idée très précise de ce que l’on va réaliser, à la fois en termes fonctionnels, opérationnels, esthétiques, ou techniques. C’est aussi l’année du début des travaux de préparation de terrain. Sur le village des athlètes par exemple, les démolitions sont en cours, et elles vont commencer à la Plaine Saint-Denis pour la piscine, tandis qu’il y a déjà des travaux préparatoires porte de la Chapelle sur le site de l’Arena 2, où se dérouleront les épreuves de lutte et le tournoi préliminaire de basketball.

« Je suis très fier de l’immense variété que l’on a été capable de trouver dans l’écriture architecturale et dans les solutions techniques qui ont été retenues »

De quoi êtes-vous particulièrement fier ?

Nicolas Ferrand : Je suis très fier de l’immense variété que l’on a été capable de trouver dans l’écriture architecturale et dans les solutions techniques qui ont été retenues pour chacun des ouvrages. Ce ne sont pas des ouvrages monochromes qui vont sortir de terre. Nous allons pouvoir déployer toute la palette des savoir-faire français d’un point de vue technique et architectural. C’est une vraie fierté, car ce n’était pas gagné d’avance. Ces projets vont nous permettre de montrer au monde entier tous les savoir-faire nationaux.

Qu’est-ce qui a permis cette diversité d’ouvrages et de projets ?

Nicolas Ferrand : En France, nous avons un écosystème du batiment très puissant. N’oublions pas que nous avons les numéros un et deux mondiaux dans le domaine de la construction. Et, dans le domaine des services, nous comptons avec Veolia le premier producteur d’eau. Nous nous appuyons sur les leaders mondiaux de toute l’industrie liée à la ville ! En parallèle, nous pouvons compter sur des entreprises capables d’inventer des solutions pour la ville de demain. L’un des enjeux pour nous c’est de mobiliser les ‘majors’ mais aussi les PME innovantes qui changent la donne et permettent de préparer des réponses, plus disruptives. Notre force c’est de marcher sur deux jambes : les grands groupes et ces PME.

Et à l’étranger, quelles sont vos sources d’inspiration ?

Nicolas Ferrand : Il y a tout un sujet autour du bois. Le gouvernement a souhaité que l’on pousse cette dimension à l’occasion des Jeux. Or, on sait que par rapport aux pays nordiques, nous construisons beaucoup moins en bois. Cet enjeu, nous l’avons retranscrit dans nos consultations : l’usage important du bois dans les ouvrages olympiques va nous faire passer un cap en la matière, pour son usage à l’avenir dans le tertiaire comme dans le logement.

« Les bâtiments que l’on va construire pour les JO seront voués à avoir deux vies, deux usages en moins d’un an »

Vous inaugurez les fameux permis de construire à double état, que la loi a créés spécifiquement pour les JO. Comment est-ce que cela fonctionne ?

Nicolas Ferrand : Plus que le permis de construire à double état – qui n’est qu’un outil – il y a quelque chose de très important, c’est que les bâtiments que l’on va construire pour les JO seront voués à avoir deux vies, deux usages en moins d’un an. Pendant les jeux, ce seront des résidences, avec deux athlètes par chambre. Et après les jeux cela deviendra soit de l’appartement familial, soit des bureaux. En moins d’un an nous allons transformer des immeubles d’un statut d’usage à un autre. C’est inédit !

C’est quelque chose qui est voué à devenir la norme à l’avenir ?

Nicolas Ferrand : On a coutume de dire que les chats ont sept vies, eh bien moi je pense que les immeubles, sur un siècle, peuvent avoir sept usages différents. Nous allons démontrer que l’on peut le faire à grande échelle, sur près de 300.000 mètres carrés de surface de plancher, dans un esprit à la fois économique et dans un temps très maîtrisé. Architectes, entreprises de construction, etc., tous ensemble, nous apprenons quelque chose de nouveau, parce que dès la phase de conception, nous prévoyons que le bâtiment ne sera pas mono-fonction, mais qu’il aura plusieurs vies. Demain, ce sera la norme. Avec tout ce que l’on aura appris avec le village des athlètes, nous pourrons anticiper ailleurs les mesures nécessaires pour facilement imaginer les différentes vies d’un bâtiment.

Comment vous accompagne Nexity, sur quels savoir-faire vous appuyez-vous ?

Nicolas Ferrand : Nous avons retenu Nexity et Eiffage dans le cadre de la construction du village des athlètes, pour construire le lot E. C’est un lot qui a cette saveur particulière d’être à la transition entre le tissu de faubourg du vieux Saint-Ouen, et la partie la plus moderne et contemporaine du village des athlètes. Nous avons retenu Nexity pour sa capacité à traiter tous les produits, le tertiaire et le résidentiel, et sa capacité à apporter des solutions d’usage, de fonctionnement, des nouvelles organisations immobilières. Cet ensemble de 50.000 mètres carrés sera mixte, riche, complètement rattaché aux usages des gens alentours, et tourné vers le futur. On retrouvera là toute la créativité et l’expertise de Nexity : une crèche, une salle de sport en hauteur, des bureaux…