« Thinking building » : quand les immeubles deviennent des ordinateurs comme les autres

17/05/2020

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Après le streaming, les vidéos à la demande et les voitures autonomes, les algorithmes d’intelligence artificielle s’apprêtent à faire irruption dans le monde de l’immobilier tertiaire. Prochaine étape : l’immeuble pensant.

Selon ses promoteurs, les « immeubles pensants » vont désormais être capables de prévoir les pannes avant qu’elles n’arrivent, d’anticiper les variations de température en fonction du nombre de visiteurs, de faire la révision technique d’un ascenseur avant même qu’il ne tombe en panne, ou encore de prédire les coûts de fonctionnement de l’année à venir en se basant sur l’historique. A la clé :  des économies dans le coût de fonctionnement, des améliorations dans le confort des utilisateurs ; et donc dans l’attractivité de l’immeuble ; mais aussi une réduction sensible de l’impact environnemental.

L’enjeu : passer du réactif au prédictif

Les immeubles pensants devraient en effet permettre de maximiser la gestion économique d’un actif immobilier. En faisant tourner des algorithmes d’intelligence artificielle sur les données de l’immeuble, l’immeuble pensant sera en mesure de détecter des corrélations méritant d’être exploitée, et résolue. Par exemple, la présence de visiteurs dans l’immeuble qui génère systématiquement une surcharge du WIFI. Une fois le motif détecté, l’immeuble pourrait déterminer une résolution : allouer plus de bande passante une fois un seuil de visiteurs dépassé.

Ces systèmes prédictifs, c’est pour bientôt. Aujourd’hui, les immeubles les plus avancés disposent de système de cockpit, (lien vers l’article sur Intent) qui regroupe l’ensemble des informations de l’immeuble dans un seul endroit, et permettent au building manager (BM) d’effectuer une gestion proactive. En clair, plus besoin d’attendre que les occupants signalent une canalisation bouchée. Les capteurs détectent une défaillance sur le réseau, ces informations remontent au cockpit, et déclenchent l’envoi d’une équipe de maintenance.

En réalité, le BM est souvent dans une gestion réactive de son immeuble. Le technicien de maintenance est appelé une fois un problème signalé, et les équipements changés en fonction des retours d’utilisateurs. Problème : cette approche est peu efficace en termes de ressources et de satisfaction d’utilisation.

« Data is king »

C’est un fait est indéniable : l’explosion des données collectées par les immeubles. A un premier niveau de données de structure, souvent présent dans la maquette numérique, s’ajoute celui des capteurs. Capteurs de chaleur, de lumière, d’étanchéité, de mouvements, qui permettent d’informer de l’état de l’immeuble les gestionnaires en temps réel. Les données d’utilisation d’équipement forment un troisième niveau : utilisation de l’ascenseur, des appareils connectés, ou encore des sanitaires. Enfin, le quatrième niveau est celui des services : fréquence de visites des services de propreté, temps passé par les cuisiniers du restaurant d’entreprise, déplacements des hôtes et hôtesses d’accueil… Autant de données qui peuvent paraître peu révélatrices à l’état « brut », mais qui en s’accumulant, pourront nourrir les algorithmes et leur permettre d’apprendre, de les croiser, de prendre du recul, et d’anticiper… intelligemment.

Quelle sécurité ?

L’un des éléments clés de la réussite des immeubles pensants n’est pas tant technologique que leur capacité à protéger les données.

Du point de vue de la vie privée des utilisateurs, d’abord. Parce que personne n’a envie que l’on mesure ses moindres déplacements dans le bâtiment. La législation en la matière est susceptible évoluer et les gestionnaires d’actifs devront être très prudents sur cet aspect.

Du point de vue de la cybercriminalité d’autre part. Les immeubles sont des actifs précieux, et les systèmes de données devront prendre en compte le risque de tentative d’intrusion.

Quoi qu’il arrive, les immeubles sont en train de devenir des ordinateurs comme les autres…