Quand le café du quartier devient votre deuxième bureau

22/05/2020

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Travailler depuis un café ? Une habitude de « digital nomad » partagée par de plus en plus de télétravailleurs occasionnels. Dans ces « Anticafé », tout est fait pour faire du café du quartier un bureau (pas) comme un autre.

Mais pourquoi aime-t-on autant travailler d’un café ? Cette question, il a bien fallu que Leonid Goncharov y réponde. Né en Ukraine, « digital nomad » invétéré, cet habitué des cafés de Russie et des États-Unis – où il a vécu et créé deux start-ups – a fini par poser ses valises à Paris.

Si les terrasses et cafés de la capitale française font autant le plein qu’ailleurs, leur configuration est bien moins propice aux longues heures de travail que les coffee-shop de New York ou de Moscou. « À Paris, j’avais plus de mal à travailler dans des cafés, pourtant, j’avais toujours ce besoin d’un espace flexible où organiser des rendez-vous professionnels, où me poser et travailler sur mon ordinateur portable », se souvient Leonid Goncharov.

Car au-delà des envies de flexibilité et de nomadisme, le café se révèle le bureau de substitution idéal pour toute une génération. « C’est un endroit stimulant, où l’on n’est jamais seul. On est entouré, on a tout le confort de la maison à portée de main, sans pour autant que l’on soit distrait par la télévision, le frigo, le chat », décrit celui qui allait ouvrir un premier « Anticafé » en 2013 dans la capitale. Dans ces lieux qu’il veut inspirant, trois ingrédients se mêlent : l’accessibilité et les services d’un café, la productivité d’un espace de travail et la convivialité de la maison.

Un concept complémentaire des espaces de co-working « classiques », de plus en plus entrés dans les habitudes de travail. « Là où le co-working reste un bureau à part entière, nos ‘Anticafé’ acceptent les habitués comme les travailleurs de passage. On peut y venir pour deux ou trois heures seulement, à la différence de la plupart des espaces partagés loués au mois ». Ici, boissons, snacks, wifi, salle de réunion, photocopieuse, tout est inclus. On ne paye pas au service, mais au temps passé.

De ses Anticafé (il en a ouvert 10 depuis en France) Leonid Goncharov a pu voir la société changer sa façon d’appréhender la vie professionnelle. Entre l’engouement sans précédent pour l’entreprenariat et le développement du « freelance », la société dans son ensemble devient plus nomade. « Elle est également devenue de plus en plus solitaire, observe le trentenaire. La raison d’être d’Anticafé, c’est de répondre à ces deux changements : s’adresser aux travailleurs nomades, tout en leur proposant du lien social ». Et c’est ainsi que la société Cstar voit ses développeurs travailler, parfois depuis plusieurs années, d’un café Anticafé.

Une évolution que les entreprises sont en train de connaître à leur tour. Puisque les mœurs et les habitudes de travail changent, elles aussi souhaitent proposer à leurs employés des services nouveaux et participer à leur épanouissement professionnel et personnel. « Face aux difficultés de recrutement, à la pression immobilière, les entreprises se retrouvent dans les pratiques d’Anticafé, et s’adaptent à leur tour. On ne pourra pas revenir en arrière », prédit celui qui s’est associé en 2019 à Nexity au cours de sa dernière levée de fonds.

Et c’est ainsi qu’Anticafé propose deux types de services « B2B » : de l’accueil et de l’animation de séminaires (jusqu’à 150 personnes en fonction du lieu), des cartes pré-payées Anticafé que les entreprises peuvent fournir à leurs employés les plus nomades.

Deux services auxquels il faut dorénavant ajouter une troisième offre. «Avec Nexity, notre expertise de l’immobilier tertiaire est complémentaire », décrit Leonid Goncharov : alors que Nexity Solutions Entreprise développe son offre de services, le savoir-faire de la start-up permet maintenant aux entreprises d’héberger dans leurs bureaux des Anticafé. Des espaces cosy pour leurs employés, ouvert aux passants comme aux sociétés voisines, qui est bien plus qu’un simple moyen de diversifier ses revenus. « En ouvrant leur propre Anticafé les entreprises n’offrent pas seulement à leurs salariés un cadre de travail plus souple. Elle permet à ses collaborateurs d’échanger avec les start-upers, les freelances de passage. C’est toute une culture d’entreprise qui s’échange », conclut Leonid Goncharov. Une bouffée d’air frais, en plus d’un (vrai) bon café.