Philippe Chiambaretta : « L’immeuble Hight donne l’impression de ne pas avoir affaire à des bureaux »

25/05/2020

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Au 8 rue de Penthièvre, dans le VIIIe arrondissement de Paris, une austère annexe ministérielle, débordant d’antennes et de climatiseurs extérieurs, a laissé place au siège social d’une maison de luxe internationale. Entretien avec Philippe Chiambaretta, l’architecte qui a restructuré le bâtiment.

À votre arrivée, dans quel état avez-vous trouvé l’immeuble ?

Philippe Chiambaretta : C’était un immeuble comme Paris en compte beaucoup, édifié au début des années 1960, à une époque où les constructions s’accéléraient, dans l’urgence de densifier la ville. De faible qualité architecturale, avec une façade fine et peu esthétique, des étages compliqués et très bas de plafond pour pouvoir multiplier les niveaux. Le tout dans un environnement complexe également : en retrait de la chaussée, perdu au milieu de la très étroite rue de Penthièvre, derrière l’îlot du Ministère de l’Intérieur dont il a été longtemps une annexe. 

Quel diagnostic avez-vous fait ?

Philippe Chiambaretta : Les maladies de ces bâtiments des années 60 sont bien connues. Hight (le nom donné au projet, NDLR) peut être assimilé à une opération de chirurgie, avec l’ablation de parties du bâtiment, l’ajout de terrasses, le réalignement de la façade… Cette complexité́ est le prix à payer pour reconstruire la ville sur elle-même, et accueillir les nouveaux modes de vie et de travail.

Vous avez voulu faire de Hight un démonstrateur de ce que doit être le futur des bureaux. Comment cela se traduit-il ? 

Philippe Chiambaretta : Ouverture, transparence et échanges. Avec Hight, nous avons choisi de décloisonner totalement les espaces pour laisser place à des plateaux de près de 1000 m2, permettant à des services entiers d’être installés au même étage, et donc de créer un sentiment de communauté et d’appartenance. La transparence des façades, vitrées du sol au plafond, et des séparations restantes laisse en outre les salariés se voir. La fluidité des circulations, rationnalisées autour du patio central, les fait se rencontrer plus facilement, plus fréquemment. Des escaliers ont été ajoutés à plusieurs étages et entre les terrasses, pour inciter les salariés à ne plus prendre l’ascenseur et à se croiser.

Comment s’y intègrent les nouveaux usages tertiaires ?

Philippe Chiambaretta : Les espaces communs au rez-de-chaussée et au premier sous-sol ont justement été conçus pour permettre l’aménagement d’une conciergerie, d’une salle de conférence et de projection, d’un café contemporain ou d’espaces de coworking, comme autant de tiers-lieux, aujourd’hui indispensable dans tout immeuble de bureau.

L’un des enjeux était aussi d’ouvrir le bâtiment sur son quartier, pour le rendre plus attractif. Comment avez-vous fait ?

Philippe Chiambaretta : Les entreprises privilégient aujourd’hui les quartiers mixtes, où leurs salariés peuvent facilement sortir dans la journée. L’impression de porosité avec l’extérieur est en cela déterminante. Inversement, les riverains (habitants, commerces, entreprises) valorisent l’ouverture d’un immeuble de bureaux. Hight a ainsi été pensé pour s’intégrer à son environnement. Le rez-de-chaussée sur rue en double hauteur, recrée une ouverture sur la ville. Sa transparence, qui emmène le regard de la rue jusqu’au jardin, abolit la frontière entre extérieur et intérieur.

Pour cela, il était nécessaire d’apporter une attention particulière à la façade ?

Philippe Chiambaretta : La façade dans son ensemble a été réalignée sur la rue et entièrement redessinée et reconstruite en aluminium anodisé : un matériau qui se marie bien avec la pierre de Paris tout en variant de teinte selon la lumière du moment de la journée. L’ensemble « éclaire » la rue, et procure au promeneur l’impression de ne pas avoir affaire à un immeuble de bureaux.

On parle aussi beaucoup des jardins, pourquoi était-ce une part si importante du projet ?

Philippe Chiambaretta : AG2R La Mondiale, le propriétaire, et Nexity, le promoteur, ont en commun une vision de l’immobilier profondément ancrée dans le tissu urbain, à l’échelle du quartier, qui fasse la part belle à la nature. Dans le projet Hight, la végétation est traitée comme un élément architectural à part entière. Abondante, dense, visible depuis n’importe quel point du bâtiment et jouant la symbiose avec les bureaux, elle installe pour les futurs salariés un nouveau rapport à la nature en espace urbain. Les espaces extérieurs représentent 25% des surfaces disponibles, un ratio quasiment inédit dans le quartier pour un immeuble de bureaux.

Quels travaux avez-vous réalisé ?

Philippe Chiambaretta : Le jardin notamment a été agrandi en démolissant un bâtiment annexe et travaillé comme un prolongement du rez-de-chaussée. Il participe aux performances environnementales du bâtiment, via des bassins de rétention végétalisés et la récupération de l’eau de pluie pour la totalité de l’arrosage dans le bâtiment (noues d’infiltration).

Et dans le reste du bâtiment ?

Philippe Chiambaretta : Les niveaux supérieurs, du 6e au 9e étage, ont été libérés de leurs vérandas et des équipements techniques, pour créer un jeu de 10 vastes terrasses ensoleillées et végétalisées, accessibles à tous les salariés, pour profiter de l’air, des plantes et des vues exceptionnelles sur Paris. Les frontières entre intérieur et extérieur ont été gommées à chaque fois que cela a été possible pour créer une « échappée visuelle et physique » sur la nature : les jardins, les terrasses végétalisées, le ciel et la lumière naturelle, y compris dans les bureaux et salles de réunion au premier sous-sol, désormais ouverts sur des patios.