Emmanuelle Duez : « Ceux qui pensent que le Covid-19 sonne le glas des bureaux se trompent »

03/07/2020

Emmanuelle Duez (The Boson Project) © Copyright The Boson Project

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Depuis trois ans, The Boson Project, qui accompagne la transformation des organisations et se consacre à l’excellence humaine a développé une offre déclinant son expertise dans l’espace. De l’accompagnement à la transformation humaine provoquée par de grands projets immobiliers jusqu’à l’aménagement de  bureaux ou de quartiers au travers de la marque « The Boson Space ». Ils lancent aux cotés de Nexity une proposition commune, pour concrétiser cette vision militante et ambitieuse d’un immobilier au service des usages, des Hommes et du futur. Interview d’Emmanuelle Duez, sa fondatrice.

A quoi on reconnait un bureau « The Boson Space » ?

Emmanuelle Duez : Ce qui saute aux yeux probablement, c’est que c’est un lieu très singulier, qui s’affranchit des phénomènes de mode. Un espace Boson est authentique, il respire l’âme de l’entreprise, sa vibration. Il ne ressemble pas à ce que l’on peut voir ailleurs, pour la simple et bonne raison que nous tentons d’en faire la traduction la plus juste possible des enjeux de l’entreprise, de ce qui fait son essence. Un bureau Boson ça se repère, je l’espère, par le fait que les hommes et les femmes y ont trouvé leur place. Nous sommes à l’inverse de la désincarnation, à contre courant de la mode actuelle où, avec le flex-office, tout est fait pour que les bureaux soient le plus dépersonnalisés possibles. Nos espaces Bosons, au contraire, sont des maisons. Bergson parlait d’un ‘supplément d’âme nécessaire à la matière pour l’élever moralement’. C’est une phrase inspirante pour nous, qui tâchons de rendre la matière vivante. Parce qu’en réalité, plus qu’on y travaille, on y vit, et nombreux sont ceux qui l’ont oublié.

Concrètement, avez-vous des exemples à donner ?

Emmanuelle Duez : Je pense aux bureaux de La Parisienne Assurance pour qui nous avons travaillé. En ouvrant la porte, vous sentez l’enthousiasme, l’énergie des équipes, la ferveur d’une entreprise en ébullition pleinement alignée dans son espace, son histoire, son modèle managérial et son corps social, et ce  malgré le fait que ce soit une entreprise en très forte croissance et donc soumise à beaucoup de contraintes d’un point de vue humain. Notre succès se mesure au niveau d’appropriation et d’empowerment des hommes par rapport à l’espace. Le bureau se fond dans la vie, il devient utile, il devient identitaire, il ne s’impose pas de manière bancale ou grossière. L’immobilier et le mobilier s’effacent au service de l’essentiel.

« Ceux qui considèrent que l’époque sonne le glas des bureaux se trompent »

Avec la crise du Covid-19 on parle énormément d’aménagement des espaces. Fait-elle évoluer votre vision ?

Emmanuelle Duez :  La crise sanitaire renforce nos convictions, démontrant de manière prégnante que l’on ne peut pas isoler les projets immobiliers des projets managériaux et des enjeux stratégiques. Une organisation, qu’elle soit aventure familiale, collectivité locale ou multinationale, demeure un collectif d’hommes et de femmes qui se réunissent dans un espace-temps dédié pour mener à bien un projet qui les porte, qui leur parle. Le confinement a questionné notre rapport à l’espace, au temps, à l’autre, provoquant par ricochet une réflexion plus intime sur la place du travail dans nos vies. C’est une chance immense que d’avoir ce genre de réflexions sur les fondamentaux. Le monde de l’immobilier en sortira probablement grandi, plus utile, plus durable, plus au coeur de la vie et de la ville que jamais. La désincarnation rampante va probablement laisser place à la réincarnation puissante des espaces pour qu’ils fassent sens et deviennent des lieux choisis, et non des lieux subis.

Une image contenant intérieur, table, pièce, vivant

Description générée automatiquement
Belleville by Boson, 123 rue du Faubourg du Temple, 75010 Paris – thebosonproject.com/belleville/

Beaucoup de bureaux vont devoir s’adapter, quelles vont être les étapes ?

Emmanuelle Duez : À très court-terme, l’enjeu se résume au Plexiglas. La plupart des acteurs de l’immobilier s’engouffrent là-dedans en développant des offres probablement utiles et rentables mais sans véritable vision. A court terme va se poser la question très concrète aussi de la « remontée en puissance opérationnelle », sujet sur lequel nous travaillons activement aux cotés des forces spéciales militaires pour proposer une offre dédiée. Ces 48 prochains mois seront un formidable test mettant à l’épreuve la résilience des organisations, la robustesse managériale. A moyen terme, nous verrons qui serons les arroseurs arrosés, au sens positif comme négatif. Car les entreprises vont avoir besoin que l’on prenne soin d’elles. Et n’en prendront soin que ceux dont on a pris soin au préalable… A long terme, c’est peut être – et je l’espère – la définition toute entière de l’entreprise qui sera questionnée. Nous avons besoin plus que jamais d’organisations et de dirigeants prenant leurs responsabilités. 

« J’espère que la crise du Covid-19 va venir estomper les phénomènes de mode, les open spaces uniformes et le flex impersonnel à tout va. »

La stratégie immobilière des entreprises va-t-elle devoir être adaptée ?

Emmanuelle Duez : Clairement cette crise questionne la pertinence d’avoir des superficies géantes d’open-space et une présence au bureau cinq jours par semaine. Cela questionne donc l’investissement immobilier des entreprises. À quoi servent vraiment des bureaux collectifs ? À quoi ça sert un siège social ? Ceux qui considèrent que cela ne sert à rien et que l’époque sonne le glas des bureaux se trompent, à mon humble opinion. Nous avons lancé récemment une grande étude sur les questionnement existentiels parcourant les français à la faveur de cette situation inédite. Plus de 2000 travailleurs nous ont d’ores et déjà répondu, affirmant que ce qui leur manque le plus aujourd’hui c’est… le lien social de qualité. Ce qui nous manque, alors que la plupart d’entre nous sommes rivés devant nos ordis, plus performants et concentrés que jamais, c’est l’Autre. L’Autre que l’on n’a pas choisi, mais avec qui on interagit, avec qui on travaille, on vit, on rit. L’espace collectif permet l’altérité, la met en scène, la sublime, que l’on parle de l’espace de l’entreprise comme de celui de la Cité. Voilà pour nous les Bosons le futur de l’immobilier.

Les modèles actuels sont obsolètes ?

Emmanuelle Duez : J’espère que la crise du Covid-19 va venir estomper les phénomènes de mode, les open spaces uniformes et le flex impersonnel à tout va. Que la fast fashion dans l’immobilier tertiaire s’atténue un peu, pour que nous puissions nous consacrer et nous concentrer sur l’essentiel. Le même mobilier, les mêmes matériaux, les mêmes mots, le même agencement, le même « cool ». Au secours. Nous serons ravis d’aider tous ceux qui veulent s’en affranchir, tous ceux qui sont prêts à s’engager dans une démarche beaucoup plus approfondie et subtile de déclinaison de la philosophie, de l’âme et des enjeux de l’entreprise dans ces lieux ‘royaume du commun’.

Ce nouveau modèle va survivre à la seule période de lutte contre la pandémie ?

Emmanuelle Duez : À très long terme, je pense que cette crise va générer deux catégories d’entreprises très différentes. Celles qui feront du ‘business as usual’, préservant coute que coute la rentabilité et les apparences dans un monde financiarisé à l’extrême. Ce sera probablement la majorité. Et celles, plus humanistes, à la structure capitalistique probablement un peu différente, qui assumeront une définition plus ambitieuse de la performance et de la ‘valeur’ sur le long terme.

Comment se passe la collaboration avec Nexity ?

Emmanuelle Duez : Nous avons eu des prises de conscience croisées. Nous avons rencontré ‘l’Espace’ au moment où Nexity devenait un acteur de services auprès de ses clients, se questionnant en profondeur sur les usages et sur son utilité en tant que leader du marché. Nous partageons cette conviction que le paradigme immobilier a changé, et qu’il s’agit désormais, dans un monde fini, de penser très long terme, de penser humanité, durabilité, utilité et non plus de bâtir, détruire et reconstruire parfois sans réfléchir. Nous souhaitons humblement proposer à nos clients notre exigence d’excellence humaine pour la positionner au coeur des projets spatiaux. A l’occasion de grands projets immobiliers d’aménagement, de déménagement, nous sommes les garants et les gardiens du fait que de la conception à la réalisation, tout soit fait au service des Hommes et des organisations. Nexity de son coté nous apporte une connaissance beaucoup plus fine et plus large des enjeux immobiliers, détecte avec nous les acteurs ‘conscients’ du marché, rassure de sa légitimité et de son expertise.  Mais avant tout, comme dans chaque aventure, c’est l’histoire de deux visions entrepreneuriales convergentes. Alain Dinin porte et incarne une vision haute pour l’Espace, militante, depuis toujours. Nous tâcherons de la mettre au service des Hommes d’aujourd’hui mais surtout de demain.