Dans ces bureaux 100% bas carbone pas besoin de climatisation ou de chauffage

23/03/2021

Visite guidée de l’immeuble Essentiel, sans ventilation mécanique, de climatisation et de chauffage où les conditions de confort intérieures sont optimales et où la température reste comprise toute l’année entre 22 et 26 degrés.

bureaux bas carbone essentiel © Copyright © Baumschlager Eberle Architekten

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Allier conception bioclimatique et bien-être des utilisateurs, pratiques ancestrales et technologies de pointe. Surprenant ? Non, sobre. Matières premières, techniques de construction et d’aménagement… l’architecture émerge comme solution pour réduire au strict minimum le bilan carbone des bâtiments et leurs consommations énergétiques. Visite guidée de l’immeuble Essentiel, sans ventilation mécanique, de climatisation et de chauffage où les conditions de confort intérieures sont optimales et où la température reste comprise toute l’année entre 22 et 26 degrés.

L’urgence climatique comme contexte général, l’application imminente de la RE 2020 comme cadre légal, la recherche de sens et d’engagement comme promesses poussent les acteurs de la construction et de l’immobilier à chercher des réponses concrètes et efficaces pour limiter l’impact environnemental de leurs projets. Loïc Daniel, Directeur général délégué de Nexity Immobilier d’entreprise le confirme : « le sujet du climat est omniprésent pour les investisseurs, les grands utilisateurs, les promoteurs et les collectivités locales. Tout le monde structure sa stratégie autour de la réduction de l’empreinte carbone ». En parallèle, les exigences en termes de confort sont toujours plus importantes et de nouvelles contraintes s‘imposent avec la crise sanitaire, sur la qualité de l’air notamment. Mais ce double prisme génère un phénomène d’inflation des équipements, des coûts et de temps de réalisation des projets. Pour répondre à ces enjeux, le concept de « sobriété architecturale » permet de revenir aux fondamentaux de la construction tout en intégrant des techniques innovantes, fiables et durables. Pour Loïc Daniel, c’est une démarche « low-tech et high confort ».


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Le 22-26, un « bâtiment-pilote, laboratoire d’innovation »

À Lustenau en Autriche, le « 22-26 » en référence à sa température intérieure intègre tous les codes de ce nouveau modèle de construction. Imaginé par l’architecte Dietmar Eberlé, ce bâtiment-pilote inauguré en 2013 « met au goût du jour ce que les anciens savaient faire pour se protéger du chaud et du froid, avec des murs plus épais et l’utilisation de la chaux par exemple » explique Loïc Daniel. Et ce « tout en mobilisant les meilleures technologies pour créer des modèles prédictifs en phase de conception et des algorithmes de gestion du bâtiment ensuite pour l’optimisation du confort intérieur ». Le 22-26 est « une première du genre » qui pourrait bel et bien faire sa place en France à l’avenir. C’est ce dont est persuadé Nexity, qui a conçu l’immeuble « Essentiel », développé à partir du bâtiment autrichien. Pour Loïc Daniel, la conception d’Essentiel est « l’exemple d’une réponse aux exigences très élevées des utilisateurs en matière environnementale et de confort par des raisonnements disruptifs et des choix radicaux sur la manière de concevoir les bâtiments ».

©René Dürr

Par sa conception bioclimatique, Essentiel permet de réguler la température intérieure et la qualité de l’air de ses espaces, en toute saison, sans ventilation mécanique ni climatisation ou chauffage, émetteurs importants de gaz à effet de serre. « En hiver, les très faibles déperditions énergétiques sont compensées par les personnes, les ordinateurs, les portables, les imprimantes, et même les machines à café qui sont des sources de chaleur » explique Loïc Daniel qui précise que « chaque personne a un rayonnement thermique moyen de 80 watts ». Grâce à leur inertie ou par déphasage thermique, la chaleur emmagasinée par les sols et les murs est restituée tout au long de la journée, de même pour le frais en aérant la nuit en période estivale. Les murs épais en brique creuse ou autres matériaux biosourcés permettent à la fois de se protéger des apports solaires tout en isolant le bâtiment, les murs et planchers intérieurs assurent quant à eux une forte inertie pour stocker ou restituer les calories, la chaux qui enduit les murs extérieurs et intérieurs régule efficacement le taux d’hygrométrie, et enfin, des volets motorisés placés dans les menuiseries adaptent automatiquement leur ouverture pour l’optimisation du confort intérieur. Grâce à ces techniques, le bâtiment est en partie épuré des équipements techniques lourds habituels offrant ainsi plus de hauteur sous plafond et donc un meilleur confort intérieur. Les volumes d’Essentiel sont plus ouverts que pour des bureaux traditionnels, plus généreux et facilement réversibles grâce à l’absence d’équipements contraignants.

« Un bâtiment pensé pour durer 200 ans »

Cette architecture possède l’énorme avantage « de créer des bâtiments particulièrement robustes et stables dans le temps, résilients aux changements climatiques » assure Loïc Daniel. C’est pourquoi la réflexion « ne se limite pas au tertiaire » même si la crise sanitaire a renforcé la nécessité de concevoir des bureaux « plus sains, plus respirants, plus ouverts ». Pour développer ce concept architectural, il sera nécessaire de développer ou réactiver un certain nombre de filières de matériaux, en privilégiant les acteurs écoresponsables et la proximité des sources d’approvisionnement. Une démarche de long terme dont les bénéfices sont également économiques. En réduisant le nombre d’équipements techniques et en minimisant la facture énergétique, ce type d’architecture est économe tant en phase d’investissement que de fonctionnement. Première expérimentation, Essentiel est amené à émerger significativement pour répondre à la triple exigence environnementale, économique et sanitaire.