Les solutions pour réduire la consommation énergétique des bureaux

22/05/2020

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Le décret tertiaire prévoit d’ici 2050 une baisse drastique de la consommation énergétique des bâtiments. Les constructeurs et gestionnaires d’immeubles de bureaux ont tout un panel de solutions à leurs dispositions. Et ils ont tout à y gagner.

Après des années de discussions et d’élaboration, le décret tertiaire a été publié en 2019. Très attendu, ce texte qui s’inscrit dans le cadre de la loi Elan (Évolution du Logement, de l’Aménagement et du Numérique) est crucial pour les constructeurs et utilisateurs de bureaux de 1000 m² ou plus. Ils ont dix ans pour baisser leur consommation de 40%, et fixe ensuite un objectif de réduction des consommations énergétiques des bâtiments de 50% en 2040 et même 60% en 2050 par rapport au niveau de 2010. Un défi gigantesque, un effort inédit qui participe au projet plus vaste de société neutre en carbone. Une véritable transition à mettre en place.

Alors comment faire pour s’adapter et négocier ce virage crucial ? Même si les chiffres peuvent paraître impressionnants, les solutions sont multiples. Et elles sont parfois évidentes : baisser d’un degré le chauffage, c’est économiser 7% de la consommation énergétique des lieux en moyenne. Avec une température de confort fixée à 19 degrés, le potentiel est conséquent. La lutte contre les fuites de gaz réfrigérants (utilisés pour la climatisation), une meilleure isolation, et une conception bioclimatique des lieux – qui s’adapte à l’environnement pour en tirer le meilleur – sont autant de leviers à actionner.

« 10% d’économie en un an »

Cédric Borel, président de l’Institut français pour la performance du bâtiment (Ifpeb), qui organise le concours Cube 2020, championnat de France des économies d’énergies des bâtiments, distingue deux étapes dans la réduction de la consommation énergétique « Premièrement, on maîtrise immédiatement l’énergie et les usages en site occupé. Ensuite, on entre dans le cycle immobilier et la vie du bâtiment, avec des investissements plus lourds. Ce faisant, on repositionne aussi le bâtiment sur son marché, car le bâtiment économe sera le nouveau standard »

Vouloir compenser les émissions de carbone en plantant des arbres n’est plus une solution suffisante. Il faut s’adresser aux comportements culturels et sociaux. Enfiler un pull lorsque l’on commence à avoir froid est souvent plus rapide et efficace que de monter le chauffage. L’Ifpeb rappelle que « les bâtiments où l’on se retrousse les manches arrivent à 10% d’économie en année 1. Et si l’on fait attention et qu’on met en place des mesures d’efficacité énergétique, tout en impliquant les usagers, on peut faire beaucoup plus ».

Dans un bâtiment parisien de l’opérateur téléphonique Orange, très mal utilisé pour des raisons historiques, la baisse de consommation a atteint un niveau record de 57% du premier coup. Remplacer les ampoules par des LED, installer des détecteurs de présence, ou piloter la politique énergétique d’un bâtiment intelligent grâce à des solutions comme Building Cockpit de Nexity (Lien ?) devient une habitude vertueuse.

Raisonner à l’échelle du quartier

Avoir des lieux moins consommateurs en énergie passe aussi par un approvisionnement électrique en autoconsommation (panneaux solaires, éolien), via des échanges énergétiques avec les structures environnantes, ou en utilisant des énergies lorsque la courbe de charge nationale (ajustement entre l’offre et la demande) est la plus favorable. En somme, mieux vaut piocher dans le stock lorsque celui-ci est excédentaire. En amont, lors de la construction, l’utilisation de matériaux biosourcés (bois par exemple) amoindrit aussi le bilan carbone global. « L’une des opportunités concernant les bureaux, c’est les bâtiments où les parkings sont sous utilisés le soir et les week-ends. Le taux d’utilisation est parfois aussi en baisse, du fait du télétravail, et des employés en déplacement. C’est autant d’espaces à optimiser, avec du coworking, de la location d’espaces temporaires, voire même de nouveaux usages à inventer » explique David Laurent, responsable du pôle climat et ressources d’Entreprises pour l’Environnement, association qui regroupe une quarantaine de grandes entreprises françaises.

Le décret prévoit que ce type d’amélioration et d’optimisation de l’existant soit pris en compte dans le calcul. En densifiant l’utilisation des bureaux, on diminue in fine leur nombre, ce qui limite la construction. « Le nouveau dénominateur, c’est l’usage, l’utilisateur. Les bâtiments qui ont plusieurs vies dans la même journée participent à cette sobriété » estime Cédric Borel. D’où l’importance de raisonner à l’échelle du quartier : plus les espaces sont mutualisés, plus le bilan carbone global s’améliore.

« Aucune excuse pour dire que c’est irréalisable »

Ces efforts ne portent pas uniquement sur les bâtiments modernes, loin de là. Via le retrocommissioning, qui consiste à faire des préconisations au propriétaire du bien pour améliorer les installations existantes sans réaliser de travaux lourds, la réduction des consommations peut atteindre 15%. Pour atteindre les objectifs du décret tertiaire, les propriétaires ont désormais l’obligation d’afficher une certaine transparence sur leurs efforts relatifs aux économies d’énergie. En début d’année, ils prennent un engagement qui est enregistré dans la plateforme en ligne Operat. En fin d’année, il y a une comparaison aux résultats obtenus. Tout est tracé, et si jamais il y a un écart, il y a une amende. Assez peu élevée… mais publique.

 Les objectifs intermédiaires de -40%, -50% et -60% en 2050 sont-ils atteignables ? La réponse est oui pour le directeur de l’IFPEB. « Si l’on réfléchit aux investissements de rénovation à mettre en place et à la maintenance, sur 30 ans il y a de quoi faire. Et il n’y a pas d’excuse pour dire qu’économiquement c’est irréalisable ! ».