« Bordeaux va développer une architecture climatique adaptée à l’immobilier tertiaire »

04/10/2021

immobilier tertiaire bordeaux

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Au printemps, la ville de Bordeaux a rendu public son label « Bâtiment frugal », comportant 42 critères visant à promouvoir un bâtiment soucieux de la qualité de vie de ses occupants tout en réduisant les impacts climatiques. Bernard Blanc, adjoint au maire chargé de l’urbanisme résilient, explique à Regards Croisés, comment la ville de Bordeaux peut dans cette logique permettre un meilleur usage de l’immobilier tertiaire.

Qu’elle est l’approche urbaine de la nouvelle équipe municipale de Bordeaux ?

Bernard Blanc : Notre ambition est de « renaturer » Bordeaux. Notre ville se qualifie comme une ville de pierre, et c’est vrai, elle est extrêmement minérale. À tel point qu’elle a du mal à supporter le changement climatique, notamment les chocs thermiques de l’été. Notre volonté est de constituer une structure éco-paysagère de façon à pouvoir y adosser nos politiques d’urbanisme, de mobilité, de résilience alimentaire, d’espace public et de nature. L’urbanisme ne doit plus être un simple mode opératoire de transformation du territoire, c’est une fonction habilitante pour les autres politiques qui sont le cœur de notre pensée écologique.


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Avec les grandes opérations d’aménagement de ces dix dernières années, notamment la construction de 30.000 nouveaux logements uniquement en béton coulé sur place, nos prédécesseurs ont poursuivi la fabrication d’une ville qui allait à l’encontre du changement climatique, à l’encontre de l‘effondrement de la biodiversité. Cette construction à marche forcée en béton a fait perdre 25% de biodiversité à la ville de Bordeaux par la disparition d’espaces non artificialisés à l’origine. Nous devons, à l’échelle de notre premier mandat, retrouver ces 25%. 

L’immobilier tertiaire est concerné par le label du bâtiment frugal bordelais. Quel est sa place dans votre vision urbaine pour Bordeaux ?

Bernard Blanc : Notre label bâtiment frugal prend en compte le tertiaire, qu’il s’agisse du neuf ou de la réhabilitation. Nous mettons en place des « démonstrateurs » qui servent à illustrer le plus rapidement possible la viabilité du concept. Deux bâtiments tertiaires sont en train de sortir de terre. Le premier va chercher à répondre à la question « le tertiaire est-ce encore des mètres carrés de bureau ? ». Cet ensemble prouve l’importance de la multi-fonctionnalité. Il montre et démontre que le traitement du parvis et de l’accroche urbaine du socle du bâtiment tertiaire doit se faire dans une toute autre dimension que celle de la simple entrée de bureaux. S’agissant de ce premier démonstrateur, les usagers n’arriveront pas dans les bureaux par un parking, mais par un parc, donnant ensuite sur un amphithéâtre, un espace ouvert pour les étudiants notamment. L’autre immeuble en structure bois cherche à s’exonérer au maximum de tout système de ventilation. Par ailleurs, aucun de ces deux immeubles « pilotes » ne sont pas dotés de système de climatisation.

Le travail a également porté sur la protection de la façade. Nous observons aujourd’hui dans le tertiaire d’immenses façades vitrées sans aucune protection solaire extérieures. Et donc des climatiseurs qui tournent tout le temps pour rendre l’air supportable. Le bâtiment tertiaire de demain devra avoir une autre élégance de façade, avec, obligatoirement, des protections solaires extérieures. Ces deux démonstrateurs font la preuve qu’il y a bien une architecture climatique adaptée au tertiaire. Nous en faisons la démonstration avec ces deux premiers projets, mais il faut maintenant continuer à explorer les différentes possibilités.

Quel est le rôle de l’immobilier de bureaux sur la ville ?

Bernard Blanc : Nous l’avons appris depuis « Réinventer Paris » : il n’y a plus de séparation, comme le prônait Le Corbusier avec la charte d’Athènes, entre les fonctions de résidence, de travail, de circulation. Aujourd’hui, tous les opérateurs savent parfaitement réintégrer de la fonction tertiaire dans du résidentiel, dans de l’activité culturelle, sociale ou autre. L’immobilier de bureau est aussi beaucoup plus ouvert dans ses capacités à être utilisé par d’autres, partiellement, totalement. Nous pouvons d’ailleurs avoir de multiplies occupations dans une même journée, dans le mois, etc. Cette nouvelle génération de tertiaire est extrêmement intéressante parce qu’elle fabrique une autre urbanité. Elle nous permet d’enclencher d’autres relations sociales. 

Qu’il s’agisse de Bordeaux Euratlantique notamment ou d’autres projets Bordelais, quelle vision portez-vous pour les quartiers de demain, notamment en matière de complémentarité logement-bureaux, de mixité des usages ?

Bernard Blanc : La mixité des usages, c’est le cœur de la nouvelle urbanité. Pour l’heure, c’est surtout porté à l’échelle des macro-lots, comme Euratlantique ou Brazza. Mais je pense que ce n’est pas suffisant. Il faut vraiment qu’on pense cette mixité à une autre échelle territoriale. Ce que nous observons dans toutes les nouvelles offres, et qui me semble être intéressant, c’est la porosité entre différentes fonctions : travailler, résider, se cultiver, faire du sport, etc. Il y a bien cette intention de la part des professionnels du bâtiment d’intégrer les usages les uns aux autres. Avec nos ordinateurs, même lors d’un temps de repos, nous continuons de travailler. La société est en train de fabriquer une sorte de temps neutre, où tout peut se passer, de façon absolument imbriquée. La ville doit s’adapter à cette nouvelle donne. Cela se joue à une échelle métropolitaine car les Bordelais vont avoir besoin de sortir d’un quartier comme Belvédère pour aller autre part prendre l’air, au parc, aller à Arcachon… 

Quelle relation de travail souhaitez-vous promouvoir avec les acteurs privés de l’immobilier tertiaire ?

Bernard Blanc : Nous devons nous remettre autour de la table pour penser différemment. Le travail entrepris depuis plusieurs mois, avec les deux premiers démonstrateurs d’immeubles de bureaux évoqués précédemment, s’inscrit dans cette démarche de complicité, d’échange, de s’interroger ensemble. Avec ces nouvelles formes de modes d’habitation et de vivre sa vie professionnelle, nous retravaillons toujours la même question : celle de l’urbanité. Les géographes mettent très bien en évidence ces deux dimensions d’un territoire : socialement construit par les activités humaines, et à très forte dimension matérielle. Que l’on construise des bâtiments tertiaires ou des bâtiments résidentiels, il y a une présence et une charge « idéelle » extrêmement forte. Quelles sont nos intentions en termes culturelles, symboliques, sociologique ? Qu’est-ce qui va relier tous ces objets que nous mettons sur le territoire, pour lui donner une nouvelle forme ? C’est ce qui va nous permettre de faire que l’on fasse société, et les grands groupes et les promoteurs commencent à le comprendre, pour l’instant à l’échelle d’un « macro-lot ». Demain, ce sera à l’échelle d’une ville.