Le siège social réservé aux employés, un modèle dépassé

20/04/2021

Observateur attentif des nouveaux usages, le fondateur du Club Innovation & Immobilier Olivier Monat analyse l’évolution du modèle du siège social.

Modèle siège social © Copyright Shutterstock / Monkey Business Images

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Innover oui, mais à quelles fins ? Les acteurs de l’immobilier ne peuvent plus ignorer la question des usages. Dans un bureau comme dans la rue, l’ergonomie des espaces ne se décide pas mais s’adapte aux besoins de ceux qui les occupent. Olivier Monat, fondateur et « agitateur » du Club Innovation & Immobilier nous livre sa vision et les enseignements qu’il tire des derniers mois.

Vous avez cofondé le Club Innovation & Immobilier il y a un peu plus de quatre ans, quelle était l’idée initiale ? 

Le Club Innovation & Immobilier a été créé à la demande de foncières tertiaires à l’arrivée de WeWork en France fin 2016. C’est une forme de réaction face à un acteur qu’on pouvait caractériser de « non-conventionnel » à l’époque. Tout le monde allait visiter les espaces de coworking à New York, tout le monde commandait des études, s’étonnait, et n’avait plus qu’une volonté : innover. Mais des signaux faibles étaient déjà là bien avant l’émergence rapide des acteurs de coworking, il n’y a qu’à voir le succès des Starbucks où les clients venaient travailler avec leur ordinateur portable. L’idée a donc été d’organiser des « Ateliers Waouh » d’observation et de réflexion avec non seulement des acteurs de l’immobilier mais aussi de la ville et de la société en général. 


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Où en est le Club aujourd’hui et quels grands enseignements tirez-vous de ces rencontres ? 

Les acteurs traditionnels du secteur ont pris conscience de leur méconnaissance des désirs des utilisateurs et de la nécessité de se placer en position d’observateurs des innovations, des transitions et de la transformation sociétale. De sortir du raisonnement éco-centrique mais aussi des concepts trop souvent dénués de réalités sociales. Nous avons donc décidé de voir la ville comme une nécessité vécue par ses habitants et non pas comme une abstraction. C’est pourquoi nous allons par-delà les murs pour visiter des quartiers, des familistères, des sites d’innovation. Lors d’une visite sur le stand d’Airbus à VivaTech par exemple, nous avons découvert un taxi volant, tous les adhérents étaient en extase. Je leur ai demandé « mais où va atterrir ce taxi sinon sur le toit de vos immeubles ? ». Encore une fois ce n’est pas tant une question d’innovation que de pratiques.


« L’immobilier monte dans la hiérarchie des valeurs sociales et s’émancipe du tout économique »

Télétravail, précautions sanitaires, nouvelles aspirations des entreprises et de leurs salariés. Qu’est-ce qui va changer pour l’immobilier  ?

Rien n’a été inventé avec la crise sanitaire, on observe simplement une accélération des tendances. Le télétravail, le click & collect et les visioconférences étaient déjà là. Il faut simplement comprendre que ces technologies sont entrées dans le quotidien. Et la réponse n’est pas nécessairement à chercher du côté de l’innovation mais plutôt de l’adaptation. Surtout dans le secteur de l’immobilier, il n’y a qu’à regarder Versailles, Le Louvre, les bâtiments Haussmanniens qui ont traversé les époques en s’adaptant à leurs nouvelles destinations. La vocation de l’immobilier est de traverser le temps, de continuer d’abriter en sécurité ses usagers et les biens. Le télétravail pourrait réduire le nombre de mètres carrés nécessaires dans les bureaux mais augmenterait dans le même temps le besoin de mètres carrés chez soi, ce qui souvent n’est pas possible. La valeur d’un immeuble n’est donc pas tant dans le nombre de mètres carrés que dans la valeur des personnes qu’il abrite. 

Comment le rôle des acteurs de l’immobilier va-t-il évoluer pour répondre à ces enjeux ? 

L’immobilier est très fort car c’est une vigie sociale : les bâtiments s’imprègnent de relations sociales et s’ouvrent de plus en plus à la rue, à l’espace public. Le rôle des acteurs de l’immobilier est donc d’aménager des espaces pour en faire des points de connexion avec les riverains. Le développement des offres servicielles va dans ce sens car entrer dans un immeuble n’est pas quelque chose d’anodin. Pourquoi entrer dans un immeuble qui n’est pas le mien ? Garer sa voiture, son vélo, trouver un dépôt de poste, un service social, une maison des associations en pied d’immeuble, aller au dixième étage pour faire une activité sportive ou artistique, sur le rooftop pour des activités partagées ? Ce qu’il faut retenir c’est que l’immobilier monte dans la hiérarchie des valeurs sociales et s’émancipe du tout économique. 


« Pour s’inscrire dans les transitions, les nouveaux acteurs, pour piloter l’innovation, n’hésitent pas à changer de braquet. »

Demain, qu’est-ce qui poussera encore les salariés à venir au bureau ?

On ira au bureau pour une bonne ou une belle raison. La motivation pour les salariés ne sera plus d’aller au bureau pour partager un espace mais d’aller au bureau pour partager une activité, une mission en commun, une responsabilité. Le siège social réservé uniquement aux collaborateurs est un modèle dépassé. Le siège social a plus que jamais une fonction « totem », pour les collaborateurs,  pour l’écosystème de l’entreprise, mais aussi pour le quartier.

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Model siège social
©D.R.