M. Sorin et C. Alteresco : « Depuis le Covid-19, de plus en plus d’entreprises s’intéressent à nos offres »

28/08/2020

offre tiers lieux

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Clément Alteresco, fondateur de Morning, le leader français du coworking, et Matthieu Sorin, créateur de Hiptown, qui au travers de services apporte de la flexibilité aux immeubles tertiaires, sont aux premières loges de la transformation des usages de l’immobilier de bureaux. Inadéquation des logements au télétravail, nouvel appétit des entreprises pour les bureaux partagés, nouvelles demandes de bailleurs pour séduire les locataires : ils font l’état des (tiers-)lieux.

La crise impacte directement les entreprises : cela va-t-il se traduire par une demande de flexibilité plus forte ?

Matthieu Sorin : Ayant ouvert Hiptown à la veille de la crise du Covid-19, nous pouvons observer très distinctement l’ « avant-après », notamment concernant l’intérêt des entreprises de tailles plus importantes pour les tiers-lieux. Leur discours a changé : aujourd’hui, elles sont dans l’incertitude et viennent chez nous dans le but de trouver de la flexibilité, quitte à réduire leur surface. Côté propriétaire des immeubles, nous avons vu une accélération des négociations : notre modèle de mise à disposition de bureaux flex, avec services associés, avec un revenu minimum garanti et une part de variables, séduit particulièrement dans la période actuelle d’incertitude. Les propriétaires, particulièrement en région où nous nous trouvons, se disent, à juste titre, qu’il est moins simple de commercialiser ses mètres carrés avec des baux classiques.

« Aujourd’hui les logements ne sont pas du tout adaptés au télétravail »

Clément Alteresco : À Paris aussi, on observe déjà cette accélération de la demande de flexibilité, par le changement dans la typologie des entreprises qui viennent nous voir. Avant, il y avait essentiellement des petites structures, mais comme le dit Matthieu, ce sont désormais les grandes entreprises qui souhaitent disposer de postes dans nos espaces, que ce soit pour des divisions, des filiales, des plateaux projets. Nous notons une augmentation de la taille moyenne des entreprises, qui passe de 10 personnes à 20 personnes. C’était déjà une tendance depuis plusieurs mois, mais le Covid amène des entreprises qui avaient un bail classique et souhaitent maintenant plus de flexibilité… Nous voyons également des grandes entreprises qui nous demandent des accès pour 70 de leurs employés, pour se rendre dans tous nos espaces par exemple. Enfin, d’autres structures d’une vingtaine d’employés, prennent par exemple 8 postes, pour une partie de leurs équipes, en « distanciel ». Ce sont des nouveaux phénomènes, mais il est encore tôt pour tirer des conclusions, nous verrons vraiment en septembre quelles seront les tendances à long terme.

Le « home-office » représente-t-il une menace pour les tiers-lieux ?

Clément Alteresco : Le travail à distance a un double effet, à la fois négatif, à première vue, mais également intéressant. Négatif, car en travaillant à distance, les entreprises ont besoin de moins d’espaces : cela impacte directement le nombre de postes, et donc la demande en immobilier de bureaux. Mais cela offre une possibilité, car aujourd’hui les logements ne sont pas du tout adaptés au travail. On l’a bien vu pendant le confinement. Ainsi, il va falloir trouver des espaces de travail près du lieu de vie de centaines de milliers de personnes. Cela ouvre des opportunités pour des tiers-lieux dans des zones péri-urbaines, des lieux plus petits…

« Bientôt, la norme sera de créer un ensemble d’habitations qui intègrera un espace de télétravail partagé »

Matthieu Sorin : Nous le voyons très clairement chez Hiptown : au-delà des ensembles tertiaires classiques, nous avons beaucoup de sollicitations pour opérer des ensembles mixtes, à Lyon, à Marseille, et dans des villes plus petites : à Troyes, à Perpignan, à Dijon…. Beaucoup de gens quittent l’Île-de-France en se disant « j’ai travaillé de chez moi pendant trois mois, je peux le faire sur le long terme depuis Rennes ou Marseille… ». Aujourd’hui nous sommes sollicités par des promoteurs sur des villes intermédiaires. Cela nous intéresse d’essayer de nous implanter dans des villes de moins de 200.000 habitants.  

Votre rôle, qui permet d’entretenir le lien entre les investisseurs, les actifs tertiaires et les utilisateurs finaux, est devenu essentiel ?

Matthieu Sorin : On a l’impression que le rapport de forces a changé. Jusque-là, c’était l’actif qui « dictait sa loi ». Aujourd’hui, le marché du travail est bouleversé, il y a beaucoup d’actifs à pourvoir, mais les entreprises utilisatrices prennent des surfaces plus petites. La réalité du marché a changé, et nous, exploitants, sommes plus à même d’orienter les propriétaires sur la conception, l’adaptation et la commercialisation des immeubles de bureaux. Les clients vont chercher moins de postes, et les acteurs classiques, les foncières, les brokers ne sont pas capables d’offrir ce qu’ils cherchent.

Clément Alteresco : De la même manière, nous réfléchissons à l’impact que cette nouvelle donne va avoir sur les aménagements, les flux… Si on se dirige vers moins de présence au bureau, alors peut-être qu’en contrepartie il y aura plus d’espaces de réunion, de collaboration. On réfléchit donc à l’accueil, aux salles de réunion, aux zones communes. Ce qui est intéressant c’est ce qui se passe dans les zones d’habitation. Bientôt, la norme sera de créer un ensemble d’habitations qui intègrera un espace de télétravail partagé. Toutes ces réflexions qui étaient déjà en cours avant le Covid-19, ne font plus débat. Certains hésitaient à se lancer, aujourd’hui, ce n’est plus du tout le cas. Il va falloir intégrer des lieux de travail un peu partout… même dans les centres commerciaux.

Contre intuitivement, l’offre de bureau pourrait finalement connaître une diversité plus forte que jamais ?

Matthieu Sorin : À titre personnel, je suis hyper nomade, je travaille de chez moi, d’espaces de coworking, de cafés, d’un peu partout… Il y a une sorte de « multi-desking » qui s’installe, partout, tout le temps. Dans la sphère Nexity Solutions Entreprise, le fait que l’on trouve du bureau, Anticafé, des espaces de coworking, des lieux tiers, etc., cela reflète bien l’idée que je me fais du futur, où l’on pourra travailler de tous types de sites.

Comment les tiers-lieux peuvent-ils accompagner la culture d’entreprise, que l’on trouve traditionnellement au siège, et qui a tant manqué pendant le confinement ?

Clément Alteresco : Les entreprises vont trouver dans un espace de coworking tous les avantages d’un bureau attrayant : un environnement dynamique, des événements, des expertises à croiser… Les tiers-lieux plongent l’entreprise dans un ensemble dynamique qui la met sur une meilleure perspective. Pour les petites entreprises, de deux à vingt salariés disons, cela apporte des bénéfices très puissants, cela permet d’attirer les talents. Une fois leur taille critique atteinte, nous les aidons par le biais de notre offre QG à trouver et aménager leurs propres bureaux… qu’elles décident d’ailleurs souvent de partager avec d’autres entreprises.

Matthieu Sorin : La partie servicielle est au cœur de notre modèle. Nous qui militons pour des pieds d’immeubles ouverts sur le quartier, les riverains devraient être à même d’y venir prendre le petit déjeuner, travailler, déjeuner, boire un verre après le travail… Lorsque l’on nous sollicite en phase de conception et que l’on nous parle de restauration collective, on répond : « ce n’est pas possible, faites une cellule commerciale plus petite mais qui permet de vivre, de donner une ambiance forte ». C’est ainsi que nous allons ouvrir à Lille, début 2021, un espace de restauration de 100 mètres carrés qui va alimenter 20.000 m carrés de bureaux. Un ratio incroyable !

Plus d'informations, sur le site de Nexity Solutions Entreprise