Du bureau à l’entrepôt, la qualité de vie est devenue incontournable

26/10/2021

qualité de vie au travail © Copyright G. Allard (©Jérôme Dominé/ADI) et C. Samson (à droite)

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Notion peu répandue il y a une dizaine d’années, la qualité de vie au travail a pris une place de choix dans les préoccupations des promoteurs et des directions immobilières au sein des entreprises, que ce soit dans le tertiaire et désormais dans la logistique. Interview croisée sur le sujet entre Gilles Allard, président de l’Association des Directeurs Immobiliers (ADI) et Claude Samson, président de l’association des acteurs de l’immobilier logistique (AFILOG).

Quelle est votre définition de la qualité de vie au travail ?

Gilles Allard : Ce qui compte pour l’entreprise et le collaborateur c’est d’être engagé et d’évoluer dans des conditions qui favorisent l’efficience. Et quand la qualité de vie est également au rendez-vous, cela permet de répondre aux enjeux d’attractivité et de fidélisation des salariés. Autre point important, la qualité de vie au travail doit être appréhendée de manière globale. Elle ne concerne pas uniquement les utilisateurs des bureaux et n’est pas seulement une question immobilière car elle adresse d’autres sujets comme le transport, la technologie, les aménités à disposition autour du lieu de travail… Par ailleurs, elle doit absolument être traitée avec le management et en cohérence avec le projet de l’entreprise.

Claude Samson : Pour nous, professionnels de la logistique, la qualité de vie au travail intègre les conditions d’exercice pour les salariés sur une plateforme logistique, articulant à la fois le confort (thermique, acoustique, éclairage…), les solutions pour gérer la pénibilité (port de charges, station debout …) et les aménagements intérieurs et extérieurs pour que le site dans son ensemble soit le plus agréable possible. Je suis persuadé que la qualité de vie au travail contribue à la performance de l’activité de tout utilisateur d’entrepôt.


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Comment a évolué la place accordée à la qualité de vie au travail dans l’approche de vos membres ces dernières années en phase de conception et construction ?

Gilles Allard : La qualité des espaces et services proposés y concourent de manière de plus en plus importante. Nous observons également une préoccupation croissante des utilisateurs pour les enjeux RSE qui se matérialise dans l’immobilier autour de l’empreinte carbone et des modes de travail. Quand elle est traitée avec sincérité, elle constitue un élément d’attractivité et de fierté, en particulier pour les jeunes générations. Autres éléments anciens qui ont pris une nouvelle dimension avec la crise sanitaire : l’hygiène et la sécurité. La programmation de grands projets réserve maintenant une grande place à la nature, en donnant accès à des parcs ou espaces végétalisés pour y travailler et se détendre, en intégrant la biodiversité… comme c’est le cas pour le futur campus d’Engie conçu avec Nexity. Ces pré-requis sont désormais indispensables dans tout nouveau projet immobilier, comme la réflexion sur les questions de santé, les services, aménités, liens avec la ville et solutions de mobilité.

Claude Samson : A quelques exceptions près, la conception et l’exploitation des bâtiments logistiques des années 1970 à 1990 ne prenait pas en compte le ressenti des salariés. Notre segment de marché s’est renouvelé depuis avec, d’une part, une attention à l’insertion architecturale et paysagère de nos bâtiments et, d’autre part, une montée en qualité des espaces intérieurs. La quasi-totalité des entrepôts conçus aujourd’hui intègrent l’apport de lumière naturelle, l’utilisation de matériaux biosourcés, de panneaux acoustiques, l’ergonomie des espaces de pause et l’intégration de la nature et de la biodiversité dans la conception des plateformes. D’un bout à l’autre de la chaîne, depuis l’architecte concepteur au locataire utilisateur, la qualité des espaces monte en importance, a fortiori dans un contexte de pénurie de main d’œuvre dans notre secteur. Il est important que le salarié se sentent bien dans un entrepôt, mais il est tout aussi important qu’il puisse être fier de son lieu de travail et des valeurs (bas carbone, esthétique, insertion dans le paysage …) véhiculées par le bâtiment.

« La nature et la biodiversité ont plusieurs impacts vertueux »

Quid des projets de rénovation ? 

Gilles Allard : Il est impossible d’avoir le même niveau de performance entre un programme de rénovation et un programme neuf. Mais de nombreux opérateurs engagent des restructurations des espaces existants pour rendre les immeubles plus attrayants et mieux adaptés aux attentes de la demande actuelle. Dans cette logique, la qualité de vie au travail occupe une place de plus en plus importante, notamment car les immeubles rénovés se retrouvent en compétition sur le marché avec des actifs neufs.

Claude Samson : La qualité des espaces est systématiquement un axe de travail des opérations de rénovation. Ces dernières impliquent très souvent le relamping (ndlr : remplacement d’un système d’éclairage par un dispositif plus économe en énergie) par exemple. La marge de manœuvre est évidemment plus étroite que dans les projets neufs. Au regard de la structure du parc logistique, les restructurations lourdes ou les démolitions reconstructions pourraient être nombreuses dans les années à venir et permettre des interventions sur l’aspect qualité de vie au travail.

Dans quelle mesure la nature et la biodiversité contribuent au bien-être au travail dans vos secteurs respectifs ?

Gilles Allard : Plusieurs études démontrent l’impact positif des arbres et des espaces verts sur le confort et le bien-être des collaborateurs. La nature et la biodiversité ont donc une valeur immatérielle et contribuent aussi bien à la qualité de vie au travail qu’à l’engagement des entreprises et à la lutte contre les îlots de chaleur en ville. C’est un double aspect vertueux, à combiner avec des réflexions et surtout des actions sur la mobilité douce.

Claude Samson : Nombre de métiers de la logistique sont physiques et avec des rythmes horaires changeants (2 x 8, 3 x 8 …). Nous n’avons pas de recherches scientifiques dédiées à notre secteur mais des recherches et ouvrages récents (comme par exemple La Vie secrète des arbres de Peter Wohlleben) avancent l’hypothèse d’une biophilie innée, postulant que l’être humain possède une tendance spontanée à rechercher les connexions avec la nature et d’autres formes de vie.

« Dans un avenir peut-être pas si lointain, j’ose espérer que l’art passera les portes de nos plateformes »

A quoi ressemblerait aujourd’hui l’immeuble de bureau et l’entrepôt logistique idéaux en matière de qualité de vie au travail ?

Gilles Allard : Cette question agite toute l’industrie immobilière. Même si nous raisonnons sur des temps longs, nous devons tenir compte de la crise sanitaire. Outre le développement du flex-office et du travail hybride qui amènera des mutualisations d’espaces tertiaires, nous aurons à tirer les leçons des différents services et aménagements réalisés pour favoriser le retour des collaborateurs au bureau. Ces derniers ont de grandes attentes, nous ne devons pas les décevoir. Pour ce faire, la bonne solution sera de co-construire les projets avec les occupants en cohérence avec la stratégie de l’entreprise, en raisonnant plus globalement à l’échelle de la ville et des divers lieux de travail, et en veillant à garder une équation économique soutenable.

Claude Samson : L’entrepôt idéal en matière de qualité de vie au travail comprendrait tout ou partie de plusieurs éléments : une conception biophilique, la lumière naturelle, des principes bioclimatiques, des espaces de repos ergonomiques, des mesures pour la biodiversité (refuges LPO, haies bocagères, hôtels à insectes …), des pistes cyclables, une accessibilité globale au site confortable pour les salariés tous modes confondus et notamment transports en commun… Et surtout un management à la fois bienveillant et exigeant, respectueux des personnes ! Cela reste la principale clé du bien être dans toute entreprise. Dans un avenir peut-être pas si lointain, j’ose espérer que l’art passera également les portes de nos plateformes. Des adhérents d’Afilog comme Sogaris qui a accueilli le street artist Cart’1 sur les murs de sa plateforme de Rungis ou Prologis qui accueille huit artistes au sein de sa plateforme de Lodi (Italie) montrent le chemin.