Ville bas carbone : méthodologie des premiers de cordée

22/06/2021

Construction durable, respect de la biodiversité, optimisation énergétique… Jean-Claude Bassien, DG de Nexity Entreprises, et Marc Oppenheim, DG de Crédit Agricole Immobilier, exposent leurs approches pour bâtir la ville bas carbone.

Ville bas carbone © Copyright D.R. / Alain Goulard

lecture 4 min

 

Concrètement, quels leviers actionnez-vous en matière de construction pour développer des projets zéro carbone ?

Jean-Claude Bassien : Le bas carbone est un sujet d’actualité, encore plus avec la nouvelle réglementation RE2020 qui va s’appliquer à notre industrie. Nexity a une approche sur la question depuis plusieurs années. Nous avons commencé à construire en bois en 2009 pour gagner en rapidité d’exécution, notamment en province où les utilisateurs demandent de la réactivité. Ces cinq dernières années, nous avons livré 130 000 m2 de bâtis tertiaires avec une structure bois. A titre d’illustration, nous avons livré en début d’année, par l’intermédiaire de notre filiale Tereneo, l’immeuble Treetek en structure mixte bois et béton qui s’intègre parfaitement au sein du pôle d’excellence lillois dédié au numérique EuraTechnologies. Enfin, nous devons adresser la question citoyenne. Cela nous a conduit par exemple à travailler sur la réversibilité et à imaginer un parc arboré dans le projet de la Porte de Montreuil que nous développons avec Crédit Agricole Immobilier.

Marc Oppenheim : Nous partageons un ADN et une vision de la ville similaires avec Nexity.  Dans cette logique, Crédit Agricole Immobilier privilégie dès que possible la revitalisation plutôt que la construction neuve. C’est ce que nous avons fait par exemple à Besançon avec la reconstruction de la Caisse régionale Franche Comté qui a permis d’obtenir un label HQE « excellent » et à Champagne-au-Mont-d’Or où nous transformons les 33 000 m2 du campus du Crédit Agricole Centre-est pour lui donner une nouvelle vie. Autre axe de notre politique bas carbone, nous réfléchissons nativement sur le cycle de vie, la réversibilité et les usages polyvalents de nos projets. Crédit Agricole Immobilier a ainsi été un des premiers promoteurs à proposer des appartements évolutifs. Ce concept en est aujourd’hui à sa troisième génération. Enfin, le réemploi de matériaux biosourcés et géosourcés est un levier fondamental de notre stratégie. Dans le cadre du projet des Lumières Pleyel, nous visons le niveau Energie 2 Carbone 1 du label E+C- en travaillant jusque sur le choix de peintures écologiques dans la recherche de matériaux biosourcés.



Lire aussi :



Quelles sont les meilleures pratiques pour rendre les bâtiments économes en matière de consommation énergétique ?

Marc Oppenheim : Si l’axe technique s’impose naturellement, l’enjeu consiste à identifier les meilleures options à l’état de l’art tout en rivalisant d’imagination pour les intégrer de manière fonctionnelle dans le bâtiment tout en restant dans les clous de l’équation économique. Par ailleurs, pour rendre un bâtiment économe en matière de consommation énergétique, nous devons agir sur l’usage plus que sur la construction. Cela nous amène donc à réfléchir à la sociologie des organisations et à expérimenter des solutions dans les bureaux du groupe Crédit Agricole qui accueille plus de 140 000 employés.

Jean-Claude Bassien : Nos donneurs d’ordres institutionnels mettent aujourd’hui la RSE dans le top 3 de leurs critères d’engagement. Pour répondre à leurs attentes, nous devons leur apporter des garanties. Cela signifie que nous devons nous appliquer à nous-même ce que nous préconisons pour nos clients. Nexity a pris l’engagement de baisser d’un tiers l’empreinte carbone de ses 11 000 collaborateurs et d’un tiers l’émission de gaz à effet de serre sur tous les nouveaux logements livrés. Pour atteindre ces objectifs, nous avons lancé un processus de formation devant faire de nos employés des agents actifs de l’action du groupe. Outre l’engagement, nous devons faire preuve d’audace dans le choix des procédés constructifs. Pour le nouveau siège d’Artelia à Saint-Ouen, l’immeuble Evidence, nous avons par exemple pris le parti d’associer la technologie Energie IP qui permet de faire circuler l’énergie et les datas par la fibre optique avec un business operating system (BOS). Résultat attendu : moins 40 % de consommation électrique. Autre cas d’école, nous avons acquis la licence des procédés constructifs d’un immeuble autrichien fonctionnant sans gestion technique du bâtiment tout en garantissant une température intérieure comprise entre 22 et 26 degrés quelle que soit la saison, l’immeuble Essentiel.


« Nous préférons les actes concrets aux grandes déclarations en matière de bas carbone »


La nature et la biodiversité font également partie des facteurs contribuant à la décarbonation des villes. Quelle place leur réservez-vous dans vos projets ?

Marc Oppenheim : Nous faisons partie des membres fondateurs du Conseil International Biodiversité et Immobilier (CIBI). Et nous nous employons à intégrer des concepts engageants qui ne sont pas évidents à mettre en place. Dans notre siège toulousain Abellio, nous avons par exemple installé un démonstrateur d’agriculture urbaine qui est géré par nos collaborateurs. Le campus Montrougien du groupe Crédit Agricole a obtenu quant à lui le label BiodiverCity® Life. Enfin, très concrètement, dans le cadre de notre métier d’administrateur de biens, nous avons de plus en plus recours à l’éco-pâturage pour entretenir les espaces verts. Nous préférons les actes concrets aux grandes déclarations.

Jean-Claude Bassien : Nous avons bien noté la demande de nature qui s’exprime chez les particuliers. Nexity a donc décidé de végétaliser tous ses nouveaux programmes résidentiels. Par ailleurs, nous veillons à contribuer à un écosystème vertueux sur le sujet des ressources et nous devons composer avec l’environnement au sein duquel se situe un projet. Dans le cas de notre opération sur la Porte de Montreuil, nous utiliserons des matériaux disponibles à proximité comme la pierre de taille, le chanvre, la terre crue…


Quelles sont vos méthodes pour favoriser le développement des modes de transport alternatifs ?

Jean-Claude Bassien : Nous essayons de favoriser les mobilités douces en aménageant des zones dédiées aux véhicules électriques et aux vélos dans nos programmes tertiaires. Nous réfléchissons également à la réduction des déplacements pendulaires. Nous avons ainsi lancé une offre de tiers lieux professionnels à proximité des lieux de résidences que nous avons baptisés Miniburo.

Marc Oppenheim : Outre les points de recharge pour les véhicules électriques et l’aménagement d’emplacements pour les vélos dans les parkings que nous traitons également, nous veillons à la dimension sécuritaire. Chacun doit se sentir en sécurité pour récupérer ou déposer son vélo dans un espace partagé par exemple. Autre élément fondamental dans notre approche sur le sujet de la mobilité : nous initions un dialogue avec les collectivités territoriales sur le maillage des transports en commun à proximité de nos opérations.


« Notre transformation en plateforme de services traduit notre engagement dans la durée auprès de nos clients. »


Dans quelle mesure contribuez-vous à la structuration d’une filière française dédiée à la construction bas carbone ? 

Marc Oppenheim : Par nature, le groupe Crédit Agricole entretient une grande proximité avec les acteurs de la filière bois en tant qu’investisseur, avec le lancement d’un fonds dédié au sourcing de ce matériau, promoteur et utilisateur. Autre point, nous menons une réflexion poussée sur l’utilisation des matériaux biosourcés et géosourcés. Nous avons semé par exemple du chanvre sur dix hectares dans le cadre de la phase d’urbanisme transitoire de notre opération Woodi à Melun. Il sera ensuite réintégré dans la filière construction. En parallèle, nous avons rejoint le Booster du Réemploi, initiative collective qui a pour vocation de favoriser l’économie circulaire dans le bâtiment en faisant se rencontrer l’offre et la demande. Nous travaillons sur la réutilisation des différents éléments du bâtiment en phase d’exploitation dans le cadre de notre métier de property management puis en phase de construction dès que possible.

Jean-Claude Bassien : La technologie est également primordiale dans la construction bas carbone, notamment pour maitriser les flux de données qui permettent d’optimiser l’exploitation du bâtiment. Nexity apporte sa contribution en soutenant des start-up comme Intent Technologies pour monitorer les immeubles à distance et Energie IP pour opérer un système de gestion technique de bâtiment (GTB) nouvelle génération.


Comment rendez-vous vos projets immobiliers désirables par les parties prenantes et inclusifs et abordables pour les usagers ?

Jean-Claude Bassien : Alain Dinin défend depuis longtemps le logement accessible. Nexity a ainsi été le premier promoteur français à investir le secteur du logement social. Autre exemple, nous avons lancé pendant la crise sanitaire « la cagnotte immobilière » afin de permettre à nos clients particuliers de réunir plus facilement l’apport nécessaire au financement de leur projet immobilier. Le groupe a même été jusqu’à créer une organisation ad hod baptisée « Nexity Non Profit » pour produire à prix coutant des logements destinés aux personnes défavorisées. Notre transformation en plateforme de services immobiliers depuis cinq ans traduit pour sa part notre engagement dans la durée auprès de nos clients. Cette approche de long terme prévaut également dans nos relations avec les élus. 

Marc Oppenheim : L’universalité fait partie de l’ADN du groupe Crédit Agricole et l’immobilier en constitue une des déclinaisons. Nous cherchons également à ouvrir de nouveaux champs en dialoguant avec le législateur et en menant des expérimentations au niveau local, tel que le béguinage qui nous permet d’accompagner nos clients confrontés aux problématiques du vieillissement sans se focaliser uniquement sur la construction. Par ailleurs, nous nous inscrivons dans la durée, comme Nexity, car nous construisons des bâtiments qui seront forcément utilisés à un moment ou un autre par des clients du Crédit Agricole, particulier comme professionnel, compte tenu la couverture du Groupe au niveau géographique et en matière d’offres. Avoir un acteur qui sera là demain pour assumer ses actes, c’est la meilleure garantie pour les élus locaux qu’un projet sera durable.