Ce que le Covid-19 va changer à l’aménagement de bureaux

15/07/2020

Avec la reprise progressive de leur activité, les entreprises doivent faire face à de nouvelles contraintes pour garantir la sécurité de tous.

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Avec la reprise progressive de leur activité, les entreprises doivent faire face à de nouvelles contraintes pour garantir la sécurité de tous. Que va-t-il advenir du bureau, de l’open space, du restaurant d’entreprise, tels que nous les connaissions ?

Le début du déconfinement enclenché le 11 mai a été synonyme de retour au bureau pour une partie de la population, après plusieurs semaines de télétravail. Cependant, compte tenu des nouvelles contraintes et réglementations liées à la distanciation physique – afin de limiter toute reprise de l’épidémie – le bureau et son aménagement intérieur doivent changer.

Car après avoir abattu les cloisons pour créer l’open space, la tendance, ces dernières années, était au flex-office, avec la disparition graduelle du poste de travail attribué au profit de points de rencontre et d’échange, pour créer plus de mouvement sur les plateaux. Que va-t-il advenir de ces modèles quand les gestes barrières sont sur toutes les lèvres ? « Ils devront nécessairement évoluer », répond Dominique Brunaud, directeur général de Nexity Contractant Général. Aussi, l’accompagnement au changement et la stratégie d’aménagement de bureaux ont un rôle essentiel à jouer pour transformer non seulement les lieux, mais aussi nos pratiques.

De nouveaux espaces pour de nouveaux usages

Le réaménagement des bureaux se fera en plusieurs phases. Dans un premier temps, il faut ramener de la confiance. Confiance pour les collaborateurs, évidemment, mais aussi confiance pour les clients et les prospects qui vont devoir se rendre dans les sièges ou les locaux de leurs prestataires. Cela passe par la prévention des risques, qui comme le rappelle David Carle, directeur des opérations chez Bureau Veritas Exploitation France, repose sur deux principes fondamentaux : « la suppression de l’exposition au risque, en prolongeant le télétravail ou en mettant en place des protections physiques, et la mise en place de mesures de préventions sanitaires : lavage de main, désinfections régulières… »

Mais sur le moyen et long terme, il faut aussi repenser l’agencement et l’aménagement des bureaux dans leur ensemble. Les parcours des collaborateurs, clients et candidats dans l’espace des entreprises vont devoir être revus pour limiter le brassage et les croisements de personnes. Dominique Brunaud envisage ainsi que les déplacements puissent se faire en sens giratoire : « Il va falloir matérialiser les distances et les directions, à l’aide de marquages au sol ou de changement de revêtement, par exemple. De la même manière, on ne fera plus venir les visiteurs dans les étages de bureaux ; on préférera les recevoir dans des lieux dédiés, cafétarias ou halls d’accueil, qui vont devenir des espaces encore plus hybrides. C’était une idée sur laquelle nous travaillions avant la crise du Covid-19. L’épidémie aura permis d’accélérer cette réflexion. » Dans leur ensemble, les lieux de travail vont se transformer durablement pour s’adapter à la situation et limiter les risques en cas de nouvelle épidémie.

Plus de télétravail, moins de plateaux

Le ministère du Travail a estimé que près de 5 millions de Français ont goûté au télétravail durant le confinement. Ce qui laisse envisager une adoption pérenne de cette pratique qui, jusqu’ici, était vue avec réticence tant par les managers que les employés en France. « Le télétravail va clairement persister, surtout pour tout ce qui concerne les tâches individuelles de concentration», ajoute Dominique Brunaud. « Mais pour aller plus loin, la période de confinement nous a montré qu’avec des outils comme Teams, AirTime ou Zoom, les réunions fonctionnent également très bien. Et là encore, si ces demandes plus pressantes de télétravail commençaient à émerger avant la crise sanitaire, le confinement aura réellement servi de bascule.

À l’avenir, les sièges sociaux devront être repensés : « La création de ces nouveaux espaces va amener de l’agilité dans le bateau amiral qu’est le siège d’entreprise », explique Dominique Brunaud. « Il va baisser en taille au profit d’une multitude de petits lieux de travail où l’on retrouvera les codes de l’entreprise. Cela peut se traduire par des mètres carrés loués dans un espace de coworking, ou par des surfaces plus petites mais plus nombreuses et mieux réparties sur le territoire. »

Tiers lieux et prestataires

Le monde du travail post-confinement sera-t-il la renaissance du coworking ? Fin 2019, l’éclatement de la bulle WeWork laissait présager le pire pour la pratique du bureau partagé. La crise du coronavirus pourrait rebattre les cartes, pour limiter les déplacements des collaborateurs entre leurs domiciles et un lieu de travail trop éloigné. L’espace de coworking de proximité, loué par l’entreprise pour ses employés, deviendrait une nouvelle branche décentralisée de l’entreprise.

Si la question de l’organisation de l’espace semble pouvoir se régler sur le moyen terme, il reste la question des prestataires de services agissant sur les lieux de travail. Les agences de nettoyage et de désinfection vont avoir un rôle encore plus important que par le passé, mais quid des restaurants inter-entreprises (RIE), souvent gérés par des sociétés tierces ? Là encore, une adaptation des espaces et des pratiques sera obligatoire. « Il va falloir fractionner », affirme Dominique Brunaud. « Il est évident que l’on ne va plus pouvoir faire rentrer 300 personnes dans un même lieu, sans distanciation. Mais je ne pense pas que les Français soient prêts à passer sur un modèle anglo-saxon de consommation du repas sur le poste de travail. La pause-déjeuner est une tradition sociale très ancrée. » Parmi les propositions avancées : aménagement d’espaces de cafétéria sur les différents plateaux, allongement des plages horaires d’ouverture des RIE ou encore constitution de plateaux repas avec distribution centrale. De leur côté, les acteurs de la restauration d’entreprise envisagent déjà la fin du self-service.

Du hall d’entrée aux étages de bureaux, en passant par le restaurant, l’entreprise va devoir se réapproprier ces nouvelles règles de vie en temps de Covid.