Plus social, plus flexible, moins normé : le bureau de demain s’invente aujourd’hui

19/01/2021

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Croiser ses collègues dans les couloirs, échanger autour de la machine à café, prendre le temps de se parler ou simplement se regarder et se faire une tape sur l’épaule, autant de petites habitudes qui permettent de « faire société ». Si bien des Français ont expérimenté le télétravail cette année, ils n’ont pas pour autant renoncé à leurs pratiques du bureau. Mieux, ils veulent les renforcer car lieux de travail et lien social vont de pair. Pour répondre à ces nouveaux besoins une fois de retour au bureau, la conception et l’aménagement des espaces de travail sont devenus clés.


Revoir le webinaire « Lieu de travail, lien social »

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« Une performance réinventée à l’heure de la distanciation sociale »

En nombre limité, réduits à des conversations par écrans interposés, les échanges entre collègues pendant les confinements ont rapidement démontré les failles du modèle du télétravail. L’enthousiasme à l’idée de pouvoir télétravailler, d’être plus libre, ne réduit pas la volonté des salariés à retrouver leur bureau, pour retrouver leurs collègues notamment. D’après les études Workplace de l’ESSEC et BNP Real Estate (mai), 88% des salariés qui avaient été confinés au printemps étaient retournés sur leur site de travail, alors même que pendant le confinement, 44% indiquaient craindre le retour au bureau. Pour Jean-Claude Bassien, « Cela prouve que le désir de bureau l’emporte sur la peur ! ». La mise à distance des uns aux autres génère par ailleurs un « assèchement » constate à l’occasion du webinaire « Lieu de travail, lien social » Clément Alteresco, fondateur des espaces de coworking Morning. « La motivation se perd à distance. Or les entreprises ont un besoin vital d’énergie pour faire face à la crise et réinventer pour certaines tout leur business model. Les collaborateurs sont épuisés parce qu’ils ne se voient plus, et notamment les managers de proximité, ces gardiens du lien dont la tâche est plus ardue que jamais à l’heure de la distanciation ».

Pour Emmanuelle Duez, fondatrice de The Boson Project, « l’engagement des salariés est mis à mal alors que le collectif est le premier levier d’engagement des collaborateurs et que l’informel fait office de socle culturel dans beaucoup d’organisations. Surtout en France, en bons latins que nous sommes ». Ainsi, le job est fait, mais à quel prix ? Le télétravail a grandement questionné la notion de performance, dénuant le travail de sa dimension sociale, accélérant la productivité individuelle tout en contraignant l’excellence collective. Et ces problématiques confrontent l’immobilier tertiaire, aussi pensé en termes de rentabilité au mètre carré, à des « questions qui ne peuvent pas devenir uniquement financières » insiste Jean-Claude Bassien, Directeur général de Nexity Solutions Entreprise. À la faveur des confinements successifs, une réflexion profonde s’initie sur les espaces dans lesquels se forgent ce collectif.

« Distinguer les conséquences des confinements sur l’immobilier tertiaire à court et long termes »

La crise sanitaire a fait émerger des difficultés de fond pour les entreprises, contraintes de réduire leur niveau d’activité, et parfois d’opérer de brutales transformations. Les entreprises n’ont pas été égales devant la crise et leurs réponses n’ont pas édifié de règles universelles. Clément Alteresco constate « une période très particulière qui s’ouvre durant laquelle les entreprises vont faire des expériences dans tous les sens » et évoque les exemples de PSA et Facebook qui ont respectivement mis tout le monde en télétravail et annoncé que la moitié de ses salariés travailleront à distance dans les 5 ans. Quelles que soient les réactions des entreprises, de fortes contradictions sont apparues entre nécessité de réduire les coûts et de multiplier les services. Face à ces problématiques, les professionnels de l’immobilier ne doivent pas « céder à l’hystérie » selon Jean-Claude Bassien et bien « distinguer les conséquences à court et long terme » pour créer de la valeur à partir de solutions sur l’aménagement de l’espace.

TPE, PME, ETI, grands groupes, pour chaque entreprise « les espaces de travail sont des leviers de performance, d’engagement, de développement des hommes et des femmes, de rétention des talents » ajoute Emmanuelle Duez. Si l’enjeu à court terme est de sauver la trésorerie pour maintenir les entreprises à flot, il convient aussi de ne pas céder aux « sirènes court-termistes » de manière définitive et de mener une réflexion à long terme sur un juste équilibre immobilier, qui soit en phase avec la culture de chacune des entreprises et des aspirations de son corps social, « il n’existe pas de recette standard ». Tendance déjà amorcée, les espaces de travail seront encore davantage modulaires à l’avenir avec un siège qui permettra aux collaborateurs de se ressourcer au sein du collectif ; les usines, lieux de production, les magasins ; le home office pour favoriser la concentration et les temps de production individuelle ; et les tiers lieux qui permettront aux collaborateurs d’être proches de leur domicile tout en bénéficiant de bonnes conditions de travail. Emmanuelle Duez évoque ainsi une « archipellisation des lieux de travail » qui permettra également de s’emparer de la question de la répartition des activités économiques sur l’ensemble du territoire.

« Comment penser intelligemment aujourd’hui des espaces adaptés aux incertitudes de demain ? »

« Faire mieux, avec moins, » voilà l’enjeu des promoteurs tertiaires aujourd’hui selon Jean-Claude Bassien pour continuer à créer le commun. Premier constat post-confinement : les entreprises ont certes parfois souhaité réduire leur nombre de postes mais elles ont « majoritairement demandé plus de salles de réunion » témoigne Clément Alteresco. Selon lui, « tout l’enjeu du réaménagement des espaces est de donner envie aux salariés de revenir au bureau et leur permettre de collaborer ». C’est pourquoi les espaces Morning ont été pensés avec de grandes agoras, des espaces café, pour « favoriser les échanges ». Autres enjeux d’aménagement : mobiliser les mètres carrés sous-occupés. Dans le siège de Nestlé, Morning a construit un espace de coworking qui accueille petites et moyennes entreprises. Pour Clément Alteresco, « il y a une grande opportunité à voir des grands groupes qui libèrent 20 à 50% de leurs mètres carrés pour les utiliser à de nouveaux escients ». Ces transformations ne sont pas l’apanage de quelques grands groupes disposant de moyens conséquents mais bel et bien l’affaire de toutes les entreprises.

  Trois exigences pour les bureaux de demain :

Modulaires : « il faut penser intelligemment les espaces ». Lieu commun tout sauf ordinaire, le bureau de demain sera plus social, plus flexible et moins normé pour que ses salariés y viennent pour « faire société ».  

Durables : dans les bureaux du quartier Bruneseau entre autres, « Nexity a travaillé sur la réversibilité et la flexibilité des espaces mais aussi des problèmes très concrets comme la qualité de l’air en allant plus loin que la simple mesure du CO2, nous cherchons désormais à mesurer les taux de particules fines par exemple » témoigne Jean-Claude Bassien. Le choix des matériaux est également clé dans la construction des bureaux bas carbone comme pour le Palazzo Meridia de Nice, plus haut immeuble de bureaux en bois de France à Nice, labellisé E3C2.

Résilients : pour Emmanuelle Duez, « nous devons être en capacité de penser et concevoir des espaces résilients et durables, qui soient le reflet de ce que nous souhaitons faire advenir au sein de nos entreprises (avec une qualité du lien social et la façon dont on vit et dont on consomme le travail au cœur de la performance collective et de la réussite des organisations) et qui anticipent les mutations à venir pour préserver une valeur d’usage sur le temps long. »