Le bâtiment frugal à l’âge de la maturité ?

21/07/2021

Dérèglement climatique, environnemental et énergétique, tarissement des ressources… Face à cette situation d’urgence planétaire, une approche semble arriver à maturité dans le monde de la construction : le bâtiment frugal. Analyse.

Bâtiment frugal © Copyright atelierphilippemadec

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Que de chemin parcouru en l’espace de trois ans pour le bâtiment frugal. En janvier 2018, Alain Bornarel, fondateur du bureau d’études Tribu et médaillé d’argent 2007 de l’Académie d’architecture, Philippe Madec, architecte urbaniste et Dominique Gauzin-Müller, architecte-chercheur enseignante, publient le Manifeste pour une « frugalité heureuse » en architecture et dans l’aménagement des territoires urbains et ruraux. « Les réponses apportées dans les domaines du bâtiment et de l’urbanisme étaient loin d’être à la hauteur des enjeux qui nous attendent dans les années futures », se remémore Alain Bornarel. Un enjeu pourtant crucial pour un secteur sur le podium des plus gros émetteurs de gaz à effets de serre du pays.


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Face à ce constat, le Manifeste ouvraient des voies pour « métamorphoser l’acte de construire » : revenir au territoire et au contexte climatique, humain, culturel et social dans lequel le bâtiment va se construire ; préférer la transformation de l’existant plutôt que la construction consommatrice de zones agricoles ; faire mieux avec moins en privilégiant les interventions sur le bâti (bioclimatique) dans une vision long terme et en optant pour une typologie de matériaux, renouvelables, bio ou géo sourcés. Concrètement, un bâtiment frugal nécessite un travail sur l’orientation, l’isolation, une ventilation naturelle sans moteur, les surfaces vitrées en maximisant par exemple l’éclairage naturel et les apports solaires…

Le Manifeste compte aujourd’hui 12 500 signataires et une trentaine de groupes locaux, nationaux et transversaux qui travaillent et agissent de concert. Le volume de bâtiments qui se réclament de la frugalité, à l’image de l’immeuble Essentiel, est quant à lui en progression. Et des initiatives comme le label « Bâtiment frugal bordelais » poussent le curseur loin en avant.

La ville de Bordeaux se pose en pionnière

Promouvoir un bâtiment préservant les espaces de nature existants, adapté au territoire, tourné vers les filières locales, soucieux de l’usage et de la qualité de vie de ses occupants, telle est la volonté de la Ville et de son Maire, Pierre Humic, à travers la mise en œuvre d’un urbanisme plus résilient et de son label « Bâtiment frugal bordelais ».

Depuis l’automne 2020, une dizaine de projets bordelais en cours d’instruction ont été retravaillés avec les promoteurs et leurs architectes pour tester et prendre en compte ce label. Ils totalisent 1 200 logements, dont 40 % sociaux, ainsi que des bureaux et de l’équipement, soit 80 000 m2 de de surface plancher sur des sites totalement artificialisés avec près de 25 % de pleine terre retrouvée.

« C’est un cheminement très intéressant qui peut être reproduit dans d’autres collectivités, analyse Alain Bornarel. La ville a commencé par travailler sur la qualité frugale des bâtiments, par l’intermédiaire de ce label, en cohérence avec la démarche Bâtiments Durables Nouvelle Aquitaine. Son objectif étant de faire évoluer les autres outils qui permettront de façonner les territoires donnés, notamment les PLU. »

Reste tout de même à faire évoluer la réglementation. La RE2020 qui devrait être appliquée aux logements début 2022 va, certes, intégrer les matériaux biosourcés et dans une moindre mesure ceux géosourcés et le remploi. Mais elle privilégiera encore le recours aux systèmes techniques au détriment du bâti. « J’attends que l’étape réglementaire suivante prenne encore plus en compte cette approche bioclimatique », confie Alain Bornarel. L’âge de la maturité reste encore à venir pour le bâtiment frugal.