Coworking de proximité, une option pour dynamiser les territoires

13/09/2021

Le déploiement d’espaces de coworking de proximité permettrait aux collaborateurs de télétravailler au plus proche de chez eux, tout en favorisant le rééquilibrage territorial. Une alternative déjà à l’étude chez Nexity.

Coworking de proximité © Copyright Shutterstock / zjtmath

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La crise du Covid-19 est l’opportunité de revoir nos modes de travail et nos espaces de vie, vers des modèles plus engagés sur le plan social, écologique et territorial. Le déploiement de tiers-lieux en première ou en deuxième couronne des grandes métropoles, des espaces de coworking de proximité, permettrait aux collaborateurs de télétravailler au plus proche de chez eux, tout en favorisant le rééquilibrage territorial. Une alternative déjà à l’étude chez Nexity.

Une enquête sur les impacts immobiliers et territoriaux des mutations du travail, menée par un panel d’experts en neuroscience de The Boson Project, fait le point sur les pratiques et les objectifs de 23 grandes entreprises franciliennes, scale-up et PME telles que Carrefour, Alstom, La Poste et Too Good to Go. Des représentants C-level de ces 23 organisations rassemblant environ 45.000 salariés ont été interrogés pour cette étude qui révèle des options alternatives au “home office” et au bureau. Une vision du travail “décentralisée” qui va dans le sens de la proposition de loi déposée en février 2021 au Sénat pour “faciliter l’accès à des bureaux de proximité” et “maintenir la vie sociale des travailleurs à distance”. Dans ce sens, le groupe Nexity étudie le déploiement de tiers-lieux de travail de proximité en 2ème et 3ème couronne parisienne qui permettront aux Franciliens de télétravailler à proximité de chez eux.

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“Le télétravail, ce n’est pas à la maison”

Si pour faire face à l’urgence sanitaire, le 1er confinement a globalement été accepté une fois les contraintes d’équipement gérées, les 2ème et 3ème confinements ont dévoilé les déséquilibres que génère le télétravail sur le long terme. 

Bénéficier d’espaces adaptés

Pour Clément Alteresco, le président fondateur de Morning, l’immiscion du travail dans l’espace domestique bouleverse la vie de famille des collaborateurs : « le télétravail, ce n’est pas à la maison. Demain, il faut que les gens puissent bénéficier d’espaces adaptés. » C’est le cas pour la Caisse des Dépôts, dont Christine Guibert, Directrice Centrale des Ressources-DRH témoigne que « Pour beaucoup, l’accès au logement reste difficile, sans disposer toujours d’espaces adaptés, avec en même temps un vrai besoin de sociabilisation. C’est suffisamment remonté pour qu’on le prenne en compte. ». Un constat partagé par Catherine Sabbah de l’Idhéal : “les employés ont beaucoup ‘bricolé’, à partir d’espaces non adaptés au travail : le coin dans le salon, la chambre des enfants, un bureau installé dans un dressing, la planche et les tréteaux ont retrouvé tout leur intérêt … Cela montre que les logements ne sont pas pensés à l’origine pour faire face à ce type de situation”.

Finalement, « plus que l’espace physique, c’est l’espace mental de travail qu’il faut prendre en compte, analyse le designer Ramy Fischler, qui réfléchit à l’évolution des logements et a conçu notamment les bureaux de Lazard, Twitter ou BNP Paribas. Avec les technologies mobiles le secteur des services est en théorie en capacité de travailler tout le temps et partout, mais nous ne sommes pas égaux en termes d’équipements, de capacité de concentration, d’horaires de vie de famille… Pour rétablir une certaine équité, il faut offrir aux télétravailleurs un panel de solutions mutualisées, rendues possible par la présence de suffisamment d’usagers en un seul endroit.

L’écosystème des lieux de travail

La direction de Carrefour « ne croit ni au retour en arrière ni au tout digital, et recherche un système mixte qui reposera sur un équilibre nouveau » Si l’étude de The Boson Project révèle que la mort du bureau est impensable pour toutes les entreprises interrogées, certaines envisagent la pluralité des lieux de travail, afin d’offrir plus de confort, de mobilité, et de gain de temps aux collaborateurs et également de permettre aux entreprises de maitriser leurs charges immobilières et d’exploitation. Ramy Fischler projette 5 espaces : le hub/siège social, les coworkings, les microworkings (des espaces partagés de proximité de taille plus réduite), le logement des collaborateurs, et les lieux événementiels “on demand”.

“Vers une proximité heureuse”

Si aujourd’hui il est possible de travailler de partout avec une bonne connexion wifi, “la majorité des salariés a besoin d’un lieu de travail régulier” témoigne Ramy Fischler. Lorsqu’il réalisait le siège de Twitter à Paris (2016), l’intégration de zones de travail dédiées aux collaborateurs externes ou de passage était un concept très novateur. Depuis, travailler depuis les antennes locales de son entreprise est une pratique qui s’est intensifiée : « Chez Engie, on avait déjà testé cette solution à l’occasion de la grève des transports pour permettre aux équipes de trouver un lieu de travail “attrayant et convivial”, et surtout plus proche de leur domicile. » Au-delà de constituer une opportunité pour rééquilibrer l’implantation territoriale de l’entreprise, elle favorise la stabilité personnelle, l’attachement professionnel des équipes, et la création de nouveaux liens entre les collaborateurs. 

“Investir dans la localité”

Les entreprises ne bénéficiant pas d’un large parc immobilier envisagent les tiers-lieux pour répondre à ce même enjeu de “proximité heureuse”. Au-delà du confort de vie que cela représente pour les collaborateurs, ceux-ci sont sensibles aux valeurs sous-jacentes à l’implantation locale. Alexandre Menais, Executive Vice President d’Atos témoigne « Ça rejoint notre vision de l’entreprise comme un acteur de la cité et engagée dans un écosystème » Amener une infrastructure de travail à taille humaine dans des zones majoritairement résidentielles,

Incubateur d’activité économique

Avec le Covid-19 et ses répercussions économiques, l’un des enjeux est de maintenir l’attractivité des bureaux aux yeux de ceux tentés de couper les ponts et de profiter du télétravail pour déménager. D’après François Desgardin, Secrétaire général de Nexity Entreprises, toutes les villes de couronnes parisiennes manifestent beaucoup d’intérêt pour les petits espaces de travail partagés : “ce sont des incubateurs d’activité économique, ils regroupent les actifs, les associations et les entreprises locales dans un esprit de solidarité et d’utilité sociale”. Le concept des microworkings repose sur quelques attributs clés : visibles depuis la rue, ils et favorisent le dynamisme des centres-villes en s’implantant au cœur des zones passantes. A mi-chemin entre espace de coworking, médiathèque, salle de réunion d’association et salon, ils pourraient à l’avenir prendre la forme d’un partenariat avec des acteurs du secteur, des institutionnels et s’adosser à des dispositifs déjà existants comme le fond tiers lieux. 

Un esprit de communauté 

Si Nexity imagine l’ouverture de tiers lieux de proximité d’ici deux ans, François Desgardin imagine à terme une galaxie de microworkings déployés au cas par cas : “il faut que le microworking résonne avec son territoire, qu’il soit à taille humaine dans des villes à taille humaine, qu’on s’y sente chez soi”. Le branding sera inspiré de l’hôtellerie et d’un modèle boutique-bureau : tapis, canapé… pour faciliter l’appropriation des lieux et la diversité des usages. “Vous pourrez aussi bien venir faire un jeu de cartes entre amis, que présenter un projet professionnel à des partenaires !” ajoute-t-il. La réservation à l’heure sera possible pour des besoins ponctuels, tandis que l’abonnement permettra d’accéder à tous les microworkings. Ils seront par ailleurs accessibles 7j/7j et 24/24h via une plateforme de location digitalisée et des QR codes placés sur les portes.