Baby-foot dans les bureaux : pourquoi il faut arrêter

11/10/2021

Covid oblige, le bureau accélère sa mutation et réinvente ses codes. Décryptage des tendances du moment et des erreurs à ne pas commettre.

espaces conviviaux bureaux © Copyright Shutterstock

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Covid oblige, le bureau accélère sa mutation et réinvente ses codes. Pour contrer le sentiment d’isolement et l’inadéquation des logements à devenir des espaces de travail, les espaces conviviaux se multiplient au cœur des bureaux. Ils prennent différentes formes et se profilent à la fois friendly, multiples, connectés et éco-responsables. Décryptage des tendances du moment et des erreurs à ne pas commettre à l’heure où beaucoup souhaitent repenser leurs espaces.  

Non le bureau n’est pas mort ! C’est la conclusion, en forme de bonne surprise pour les acteurs de l’immobilier de bureau, qui est ressortie fin 2020 des chiffres du 7ème baromètre Paris Workplace, réalisé en partenariat avec l’IFOP. Seuls 8% des salariés souhaiteraient en effet travailler exclusivement à distance. Les confinements successifs et le télétravail imposé auront eu le mérite de pointer en creux les bénéfices du collaboratif incarné. Le lieu de travail physique est plus que jamais essentiel pour le moral des troupes, et donc pour la performance des entreprises. Une fois la chose actée, encore faut-il être en mesure de faire naître cette intelligence en quête de liens.

En finir avec le syndrome du « baby-foot »

Selon Nathalie Drozdowiez, Directrice de l’aménagement d’espace Nexity@work, « attention à ne pas croire, trop facilement, que les espaces collaboratifs vont à eux seuls créer la synergie et le lien ».


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C’est la politique RH de l’entreprise et le mode de management mis en place qui participent au dynamisme de ces espaces et à leurs ambitions. Gare donc au « friendly à tout va », aux éléments ajoutés de manière un peu gratuite, simplement pour suivre la tendance. « Il ne faut pas créer gratuitement des espaces collaboratifs en installant un baby-foot dans la zone café, par exemple, pour donner une image moderne et dynamique aux espaces de travail. Au contraire, il faut faire du sur-mesure, s’intéresser à l’identité et à la culture d’entreprise pour la traduire dans son aménagement et continuer, d’une manière différente, à raconter son histoire. C’est une étape dont on ne peut plus faire l’économie aujourd’hui » ajoute-t-elle. Même constat chez Emmanuel Fougère, CEO de Quadrilatère spécialiste du Space Planning : « La crise sanitaire n’a pas fondamentalement changé la donne. Mais elle aura joué finalement un rôle d’accélérateur de la transformation ». Une erreur consisterait certainement à appliquer les mêmes recettes à toutes les entreprises. « L’aménagement d’un espace de bureau se doit de traduire la culture de l’entreprise », souligne-t-il également.

Espaces de convivialité au bureau : besoin de lieux, besoin de liens

Le télétravail a laissé des traces et tous les acteurs du secteur s’accordent à dire que les salariés sont en attente de lieux plus propices aux échanges certes, mais aussi à la possibilité d’isolement qui leur a parfois tant fait défaut en home office. Tendance forte chez Nexity@work: la multiplication de la demande pour des salles de réunions et de points d’échanges va de pair avec une recherche importante de petits espaces conviviaux de regroupement de deux ou trois personnes. Autre impératif du moment, la présence des outils digitaux collaboratifs désormais indispensables à nos journées connectées : visios, call, salles équipées de système de réservation mais aussi d’acoustiques adaptés. A ce besoin de bon fonctionnement vient se superposer une quête de sens.

« Le collaborateur a plus que jamais besoin de donner un sens à son activité professionnelle, explique Nathalie Drozdowiez. Ses valeurs sociétales et environnementales se doivent d’être en conformité avec celles de son entreprise. Il a donc, par exemple, le souci du devenir de son poste de travail, ou de son ordinateur, une fois devenu obsolète. Il se préoccupe de l’origine et de la nature des matériaux utilisés pour le mobilier de l’entreprise. Cette volonté RSE s’accompagne souvent d’une envie forte de faire entrer la nature au sein de la vie du bureau et des espaces collaboratifs ». Au sein du groupe Nexity, c’est une préoccupation qui existe en interne depuis longtemps déjà. « Dans nos consultations précise Nathalie Drozdowiez le besoin de respect de ces valeurs revient de plus en plus, notre valeur ajoutée est d’en trouver la bonne expression, la juste traduction architecturale et design pour chaque client » Lors des phases d’esquisses de leurs projets, les aménageurs sont particulièrement attentifs à cette dimension devenue essentielle. L’éviter consisterait une grosse erreur. En plus des matériaux, la nature fait son apparition sous forme d’un jardin, d’un mur végétalisé, voire même parfois de potagers partagés.

L’hybridation, un must have

Plus largement et pour répondre aux attentes fortes des salariés, Emmanuel Fougère envisage de travailler le parcours du collaborateur, au cours de sa journée professionnelle, dans une logique d’hôtellerie, services à l’appuis, à l’image d’un parcours client du retail. « L’hybridation est essentielle, souligne-t-il. Il faut savoir mêler les codes du bureau avec ceux de la maison par exemple, pour rendre les espaces de travail plus chaleureux et agréables, en permettant des postures différentes, des modalités de travail variables en fonction des activités, et des moments de respiration entre les différentes tâches de la journée. C’est ce que nous avons fait pour le bureau parisien du cabinet d’avocats Sullivan & Cromwell, où nous étions associés à Gaspard Ronjat, un architecte d’intérieur plutôt spécialisé dans le résidentiel. Le choix du mobilier, les claustras en chêne, les moquettes aux tons pastel, les voilages, apportent une touche de douceur au sein de cet espace très institutionnel. »

Travailler la fierté d’appartenance

« Le bureau n’est plus le lieu de production du travail à proprement parler, mais plutôt celui de la convivialité et du lien social intergénérationnel. Il sert à maintenir l’engagement et à renforcer la culture d’entreprise d’une société » note Dimitri Boulte, Directeur général délégué de SFL dans une interview donnée au Figaro en décembre dernier. De là à imaginer ses collègues comme les membres d’une même tribu, il n’y a qu’un pas. Aux dirigeants de jouer, car pour rendre palpable cet esprit de corps, il faut savoir embarquer l’humain. Plus que jamais la fierté d’appartenance doit être au rendez-vous d’un collaborateur « bien dans sa boîte ». « Les aménagements doivent prendre en compte le présentiel de chaque profil ou métier, et viser à conserver une implantation en tribus en préservant ses codes », explique Nathalie Drozdowiez. Elle observe d’ailleurs que le total flex n’existe plus : « Dès le début, lors des réunions de cadrage, nous sommes alertés sur le fait qu’un zoning va limiter les espaces et, selon la taille de l’entreprise, répartir les services sur des territoires pré-identifiés par filiales, entités ou métiers » Une nouvelle évolution à prendre en compte !

De son côté, Quadrilatère, vient de signer le projet d’une entreprise qui, quittant La Défense pour s’implanter dans Paris intra-muros, voit sa surface décroître avec obligation de miser à l’avenir sur le télétravail et le flex office. Pour ce client, l’idée a donc été de mettre l’accent sur les services autour de la restauration. Les restaurants comme lieu de vie et d’échange ? Pourquoi pas. D’où un grand choix de cuisines différentes, à emporter, à toute heure du jour. Accentuer la logique tribale, l’idée du groupe social qui mange ensemble. « Un lien complètement associé à la vie » précise Emmanuel Fougère.