A Marseille, l’eau de mer rafraichit les quartiers

28/10/2021

La thalassothermie figure parmi les innovations déployées à Marseille par l’EPA Euroméditerranée. Présentation.

thalassothermie Marseille © Copyright EPAEM - Camille Moirenc

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L’Etablissement Public d’Aménagement Euroméditerranée à Marseille remodèle la ville et ses pratiques depuis plus de vingt ans. La thalassothermie, technique utilisant l’eau de mer pour le chauffage et le rafraîchissement des bâtiments de bureaux et de logements, figure parmi les innovations déployées. Présentation.

Reconstruire la ville sur la ville et réussir à mixer des usages moins carbonés représente un défi immense pour les collectivités. Marseille a engagé ce changement sur les 480 hectares de l’Opération d’Intérêt National Euroméditerranée, notamment sur le plan énergétique en s’appuyant sur un de ses atouts naturels : la proximité avec la mer. Avec ses deux boucles à eau de mer Thassalia et Massiléo respectivement mises en service en 2016 et 2017, le territoire est pionnier sur la thalassothermie : des réseaux de chaleur capables, à terme, de chauffer et de rafraîchir de façon écologique plus d’un million de m² de bureaux et de logements.


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La thalassothermie, qu’est-ce que c’est ?

Concrètement, il s’agit de géothermie marine : on pompe de l’eau de mer – tempérée toute l’année – dont on récupère l’énergie calorifique (ou frigorifique, suivant la destination) grâce à des pompes à chaleur afin de produire chauffage, rafraîchissement et eau chaude sanitaire. Un système proche du réseau de chaleur que certaines communes connaissent depuis longtemps (Montpellier, Paris), mais auquel la métropole de Marseille a dû s’acculturer. Dès 2011, les collectivités se mobilisent, suite à une étude réalisée dans le cadre du Plan Climat montrant que les boucles d’eau de mer sont indispensables pour atteindre l’objectif de 23 % d’énergies renouvelables. Jean-Christophe Daragon, responsable innovation et développement durable d’Euroméditerranée, se souvient du lancement : « Il a fallu que toutes les parties prenantes maîtrisent les enjeux, que ce soit chez nous aménageur, mais aussi les collectivités, les industriels qui ont affiné leurs solutions aux spécificités du territoire. Ce travail fut mené dans un esprit de co-construction, crucial dans la réussite du projet. »

Sur Euromed 1 (310 hectares), c’est Engie qui a développé Thassalia, une usine de production 100 % centralisée qui produit 18,5 MW de froid et 18 MW de chaud, soit la totalité des besoins énergétiques des bâtiments qui sont raccordés – plus de 500 000 m² à terme. Pour la seconde phase d’Euromed (170 hectares), Massiléo, usine semi-centralisée avec une production de 26 MW de chaud et 24 MW de froid, est exploitée par Dalkia Smart Building. Si les deux réseaux sont bien différents dans leur fonctionnement, leur tarification et leur stratégie industrielle, ils contribuent activement à réduire la note carbone des consommations de fluides des usagers d’Euroméditerranée, que ce soit pour les logements ou les bureaux.

Car obtenir une énergie renouvelable à bas coût dans un quartier en profonde mutation est complexe : enjeux d’insertion urbaine et architecturale, écart entre l’expérience des industriels et l’adaptation nécessaire au territoire… « Pour obtenir des solutions opérables, il a fallu réaliser la synthèse des enjeux pour concilier les besoins actuels et à plus long terme, en concertant avec les acteurs publics, privés, associatifs, les bureaux d’étude… »

Des bureaux plus écologiques grâce à une solution de rafraîchissement décarbonée

Résultat : une énergie à plus de 70 % décarbonée, tant pour les besoins de chauffage que pour le rafraîchissement, la climatisation étant particulièrement destinée aux bâtiments tertiaires. À ce jour, 65 % du million de m² de bureaux prévu est déjà en exploitation et bénéficie des effets positifs de la thalassothermie. Jean-Christophe Daragon précise : « Les gestionnaires de bâtiments sont très challengés, or les marges de manœuvre sur le bureau demeurent importantes. En tant qu’aménageur, le fait que nous allions sur la tech et le grid contribue à l’optimisation des consommations énergétiques. C’est le cas pour les boucles à eau de mer comme pour les panneaux photovoltaïques ou les bornes de recharge électrique… »

Thassalia et Massiléo contribuent-elles à augmenter l’attractivité économique du quartier Euroméditerranée ? « Une entreprise ne s’installe pas à Euromed uniquement pour ses boucles à eau de mer, mais pour un ensemble de critères de durabilité, soutient M. Daragon, qui intègrent également l’accès à des espaces naturels ou à des lieux partagés ou encore l’accessibilité du territoire en transports en commun. » Au final, les deux usines de géothermie marine constituent une excellente preuve de concept adaptable sur la métropole marseillaise bien sûr, mais aussi plus largement à l’export sur tout l’arc méditerranéen, pour parvenir à diminuer drastiquement l’impact énergétique de la ville de demain.